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Le bio, c’est naturel. Donc c’est bien ?

Après le Salon Energie et Harmonie (lien), me voici à la Foire Eco Bio.

Arrivé sur le parking, je commence par me garer à l’écart, parce qu’avec ses 4 pots d’échappement, ma voiture pourrait susciter l’ire des visiteurs, voire une action « pour le bien de la nature ». Un Porsche Cayenne s’arrête près de mon véhicule. J’échange un sourire de connivence avec son conducteur ; il est préoccupé par les mêmes interrogations que moi, mais m’explique que les visiteurs sont aussi des bobos plein de thunes.

Dès l’entrée, je tombe sur des livres qui mettent le doigt sur les hérésies de notre société et proposent des solutions incontournables : l’énergie de la prière (celui qui prie n’est pas à prendre) , le burnout parental (merci aux psychologues prônant l’éducation permissive), tout se joue dans l’intestin (c’est surtout ce que tu mets dans l’assiette qui compte), la guérison quantique (quantons ne sait plus quoi dire). Plus loin, un stand de vins insiste sur sa méthode bio dynamique, ses labours avec charrues et chevaux, en fonction de la lune. Il s’appelle « Frick ». Pas de chance. A côté, un touareg tout en bleu vend des bijoux du désert, à grand renfort de magnifiques photos de dunes : si tu souffles dessus, ils se transforment en sable ?

Au rayon meubles, une mamie est allongée sur un matelas bio-relaxant-régénérant ; elle ne bouge pas. Est-elle morte ? Depuis le début du salon il y a 3 jours ? Un siège dit ergonomique de 40 cm sur 20, dossier compris, où il faut s’assoir en lotus, me laisse sceptique sur son pouvoir relaxant. Ah ? Ce n’est pas sa fonction. Pardon, j’apprends…

Je cherche désespérément une poubelle avec tri sélectif pour balancer la pub que l’on m’a fourguée, malgré mes refus. De toutes façons, distribuée ou pas, elle finira au même endroit. Eh bien non, pas de tri sélectif ! Me voilà tout contrit !

Je laisse un instant les produits pour observer les personnages, qu’ils soient visiteurs ou exposants. Une jeune femme, style baba cool, a des chaussures « d’éducatrice », mais d’un style qui lui donne les mêmes pieds que dans la guerre du feu. Son compagnon ne dénote point avec sa queue de cheval et son bouc. Peut-être a-t-il les pied-nus sur le goudron pour être en phase avec les forces telluriques ? Sur le stand « Chant de la Terre » les vendeurs sont en tongs et sandalettes, sans oublier le béret. Un type vend des produits made in Amsterdam avec des posters et des T-shirts représentant des feuilles de cannabis. « Je pourrais travailler avec des substances illicites, me dit-il avec un sourire, mais tout est légal ici ».

Les institutionnels ne manquent pas : stand Amnesty International (c’est bio ?), Stop aux vaccins, (laissons faire la nature, les plus forts s’en sortiront), Ligue de protection des oiseaux à côté de celui pour la promotion des éoliennes (ils se regardent en chien de faïence puisque les éoliennes tuent les oiseaux).

Les produits sont fabriqués de manière traditionnelle, la médecine chinoise est traditionnelle, tout est respectueux de la nature. Des lunettes en bois vantent les mérites du naturel. Et quand le bois travaille, les verres tiennent toujours ? Je peux payer avec un chèque en bois ? La maison solaire est sur pilotis : c’est pour être construite dans les zones inondables ou pour parer aux attaques de morts-vivants ? Il y a des CD relaxants pour les bébés. Celui accroché à l’écharpe de portage sur sa mère qui tente d’appliquer sur lui cette musique n’en a rien à battre et tente d’appuyer sur tous les boutons de l’appareil diffuseur de bien-être. Il y a plein de chanvre. Les habits, pas la fumette. Et des habits en lin aussi. C’est bien les habits en lin. Au bout de dix minutes que tu les portes, on a l’impression que tu as passé la nuit dans le train.

La nourriture occupe bien aussi. « Pâte d’amande traditionnelle aux amandes broyées à la meule de pierre ». Mais pour la découper pour le client, le vendeur utilise une planche en plastique. Algues, boulghour… Et ces trucs qui sont moulés à la main : elle se lave les mains avant la Madame ? Le mot qui marche bien partout, c’est « terroir ». Ahhh ! La cuisine du terroir, les recettes du terroir ! C’est mamy sans pesticides qui transmet d’un regard bienveillant des siècles de compétence et de savoir-faire. Et cela permet de multiplier les prix par deux.

En sortant, je sais donc comment me passer du pétrole, partager des potagers, favoriser l’économie locale, instaurer une agriculture durable, échanger des services, tout réparer… de manière participative, par l’entraide, en renforçant les liens humains pour la survie de la planète.

En repartant sur le parking, aucune rayure sur ma voiture ni pneu crevé ; le standard de non-violence prime quand même encore.

 

Crédits textes et photos : © Emmanuel Cockpit

Tag(s) : #Témoignages

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