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Chauffe qui peut !

Il l’avait séduite sur un site de rencontre. Ça n’avait pas été facile, elle s’était montrée  très pugnace dans sa retenue et son envie d’être rassurée. Elle travaillait sa future relation sur le long terme et avait pris son temps pour se décider. Un chaos d’émotion avait pourtant exacerbé son désir, presque jusqu’à la douleur, lorsqu’elle avait découvert ses photos, sa voix et son écriture. Elle était restée très romantique, malgré la suite de drames qui n’avaient pas égayés sa vie.

 

Ses défauts : frileuse et un peu près de ses sous. Ca ne l’avait pas arrêté parce qu’il avait aimé son côté un peu désuet mais tellement authentique, ce qui le changeait de ces femmes soi-disant parfaites et qui le glaçaient. En la découvrant pour la première fois, son imagination s’était mise à s’agiter en lui comme un enfant de cinq ans qui attend ses cadeaux de Noël.

 

Les rencontres s’étaient succédées, ciné, restaurant, balades, jusqu’à ce soir où elle eu envie qu’il la serre fort, peut-être pour recoller tout ce qui était cassé à l’intérieur. C’était l’hiver, elle avait froid, et elle l’invita chez elle.

 

Un feu dans la cheminée pétillait à l’unisson de ses yeux, et les flammes semblaient vouloir communiquer avec eux. Elle lui donna un long baiser, très doux, qui l’embrasa de l’intérieur. Il posa sa main dans sa nuque, tel un oreiller de tendresse, tandis que ses mains à elle glissèrent sur son visage comme des feuilles se tournant vers la lumière. Ils échangèrent quelques caresses sur le canapé, puis elle l’entraîna dans sa chambre où l’éclairage délicat et soigneusement mesuré apaisa les dernières retenues du couple qui allait mélanger l’exaltation de ses émotions.

 

Et c’est là que tout dérapa.

 

En la renversant sur le lit, le regard de l'homme se pose sur un fil sortant du dessous du dessus du lit, se prolongeant d’une rallonge brune branchée sur une multiprise poussiéreuse. Sans doute le mécanisme du lit pour remonter  le sommier, se dit-il. Il remarque aussi les chaussons et le peignoir rose damassé posé sur un fauteuil au style suranné.

 

Il la déshabille, elle se laisse aller dans un léger râle, quasi inaudible et qui tient plus de la vibration que du cri. Elle est maintenant nue et elle a froid. Elle se glisse dans les draps et lui demande d’ouvrir le radiateur. Il se lève, son désir est manifeste, elle n’en perd pas une miette.

 

Soudain elle se lève aussi en annonçant qu’elle va brancher la couverture chauffante. D’un geste théâtral, elle enlève le couvre lit et la bête apparaît, horrible, monstrueuse, à gros carreaux jaunes et verts de vingt centimètres sur vingt, un écossais matelassé, esthétiquement dévastateur. Il perd instantanément ses moyens, revoyant dans un flash la chambre austère de sa grand-mère. Elle, elle lui vante les mérites de son achat : une promotion à ne pas rater, une très bonne affaire, si elle l'avait connu avant ils en auraient acheté deux pour un prix encore plus intéressant. Il n'en revient pas, et se demande comment il en est arrivé là, il a envie de disparaître.

 

Elle branche la couverture et l’attire sous les draps en s'extasiant sur la chaleur qui se répartit. Lui se demande s’il doit rire ou pleurer. Ils font l'amour, mais ce n’est pas très confortable pour lui, il a du mal à retrouver sa vigueur, c'est très moyen. En plus ça sent mauvais, vraiment mauvais, ça pue le roussi en fait. Elle dit que non. Il se précipite pour la débrancher et évite un début d’incendie. Elle panique : Oh non ! Pas ma p’tite couverture préférée qui me chauffe toutes les nuits ! Lui, il a juste envie de s'en aller, ses pensées se bousculent, il ironise sur la promotion qui a failli prendre feu. Elle, elle ne parle que de la perte d'une aussi belle couverture, elle la touche, la regarde, pleure, un deuil à faire, elle pensait la garder pour ses vieux jours, revient sur la promo, pas de chance, se plaint, et ne s'occupe pas de l'homme auquel elle a préféré la chaleur d’une vulgaire et hideuse couverture chauffante parce qu'elle était en promotion !

 

 

Textes et photos : © emmanuel cockpit

Tag(s) : #Insolite
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