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Flora est partie cueillir des champignons. Le "bol d'air" s'est transformé en "pas de bol de terre". Elle nous raconte...

C'est un dimanche de décembre, de ceux où la nuit tombe à peine le repas de midi terminé. Le café commence tout juste à nous réveiller d'une grasse matinée voluptueuse, mais les envies louables de promenade sont fauchées par la météo de saison. Le soleil reste invisible derrière un ciel couleur de coton sale. Gris, tout est uniformément gris aujourd'hui, avec un aspect de chrome terne.

Malgré une pluie fine qui cingle les vitres, j'ai envie de sortir me promener. Pourquoi ne pas aller aux champignons ? Il doit y avoir de nouvelles pousses avec cette pluie. Et je ne risque pas de rencontrer de psychopathes dans la forêt par ce temps. Enfin de pense... J'enfile mes bottes tout-terrain par dessus mes chaussettes de survie, ainsi que mon anorak dernier cri, qui fait perler la pluie, que même la tempête ne le traverse pas.

Tandis que les feuilles dansent, aspirées par le vent, je monte dans ma voiture et emprunte le chemin qui mène à la forêt de ma prédilection. J'y trouve des cèpes bien charnus et je salive déjà à la poêlée que je vais leur réserver. La marche aura bien vite fait de me faire oublier le repas de midi et ses calories . En posant le pied à terre, le vent retient soudain son souffle, comme pour m'aider à mieux réfléchir et retrouver ces endroits florissants de champignons, avec leurs chapeaux sans tête et avec leurs pieds sans chaussures.

Malgré le ciel couvert, il fait plutôt clair sous les arbres, comme si une lumière tellurique émanait des feuilles dorées qui jonchent le sol et recouvrent mes bottes. J'aime cette impression de solitude, où rien d'autre n'existe que sa propre présence et les battements de son cœur. Alors je me penche et scrute le sol avec acuité, l’invisible étant toujours à hauteur d’enfant. C'est vrai pour les champignons, mais aussi pour beaucoup d'évidences dans la vie.

Comme je ne trouve rien dans ce premier bois, je décide de changer de coin et je reprends ma voiture. Je m'enfonce dans un autre chemin. Les branches encadrent ma carrosserie comme des gardes dévoués, avec de petit mouvements que j'interprète comme des avertissements. Puis la forêt s'arrête un instant sur ma droite et je décide de me garer en m'avançant vers un autre petit chemin qui mène dans un champ. Je m'écarte bien afin de laisser assez de place pour un autre véhicule.


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Je patine sur le sol détrempé, je repatine, j'essaie de faire marche arrière mais pas moyen. Je tente alors de descendre la pente, une sacrée pente qui m'apparait soudain. Je la descend bien, trop bien même, tout en glissant avec le frein à main sur ce terrain pour tracteur. Je me retrouve au milieu du champ, tout boueux malgré l'herbe. En glissant je l'ai parcouru en travers sans pouvoir m'en déloger. 

J'essaye de m'en sortir pendant une bonne demi heure, mais je finis par abandonner. Je pense avoir arraché quelque chose sous la voiture. Je suis verte de rage. Il se met à pleuvoir des cordes et je finis par téléphoner à mon père pour me faire dépanner. Je vais l'attendre à l'entrée du chemin, au bord de la route. Il va maintenant falloir un tracteur ou une dépanneur pour sortir le véhicule de là. Un passant qui aperçoit la voiture en bas en plein champ se posera des questions, du genre : comment a-t-elle fait pour en arriver là ? Je prends des photos, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour l'assurance. 

Je suis de retour chez moi et sans la voiture, cette dernière est restée sur place, il n'y a pas eu moyen de la déplacer. D'après mon père, j'ai agi comme une blonde. Merci papa ! Pour appréhender la situation d'un autre regard, je pense alors à tous ces malades qui soufrent sur des lits d'hôpitaux. Le pire dans tout ça : c'est mon véhicule professionnel. Ils vont être contents à la direction, quand je vais leur expliquer. Ou alors ce sera une partie de franche rigolade, et je vais peut-être m'en sortir avec une étiquette de comique, surtout si je me teins en blonde avant demain.

Voilà, c'est mon aventure dominicale. Je suis rentrée boueuse, piteuse et malheureuse. Et sans cèpes, bien sûr.


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Crédit textes et photos : © cockpit

Tag(s) : #Témoignages

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