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Pour commencer, sachez que l’ado que vous connaissez, c’est chez vous, c’est là que ça se passe pour vous. Quand il est à l’extérieur, vous n’avez plus d’emprise sur lui. A la maternelle il fallait l’emmener jusque dans les bras de la maîtresse et le couvrir de bisous en lui jurant un amour éternel, voire de rester devant l’école jusqu’à la sortie. Mais au Collège, plus de bisous qui tiennent devant les autres, et au Lycée, il est impératif de le déposer trois rues avant pour que ses copains ne voient pas votre voiture qui sera classée pourrie d’office, sauf si vous avez une Ferrari ou une Porsche, bien sûr.

Vous ne pouvez pas savoir ce qu’il fait à l’extérieur. Il vous dit faire des devoirs chez les copains, alors qu’il est au bar. Il déclare le cœur sur la main qu’il mange à la cantine un menu équilibré concocté par des nutritionnistes diplômés, alors qu’il fait la queue dans le froid et sous la pluie pour quelques frites molles et tièdes. Vous ne lui demandez même pas s’il va en cours, tant c’est une certitude absolue dans votre esprit de parent équilibré et donc d’enfants décalqués. Jusqu’au jour où la liste des demi-journées d’absences que vous recevez comporte un nombre à deux chiffres et vous rappelle votre expertise adolescente dans l’imitation des signatures des parents.

Alors vous n’avez plus d’emprise sur votre ado à l’extérieur, mais que l’on se comprenne bien, chez vous c’est exclusivement à l’intérieur. Votre ado, c’est un ado d’appartement, parce que son éthique lui interdit de mettre les pieds dans le jardin par exemple. La tondeuse pour lui, c’est pire que Jurassic Park. Vous avez beau lui parler de la qualité de l’air de la campagne, de l’odeur de l’herbe coupée, de la grâce d’un bouton de rose, les seuls boutons qu’il connaisse, ce sont ceux de son clavier, de son téléphone et de sa manette de jeux. Et aussi ceux qu’il a sur le visage.

La chambre est un des éléments majeurs pour l’ado. Il tente de s’y épanouir, à condition que vous n’y mettiez pas votre nez. Justement, vous poussez sa porte les yeux fermés et vous savez que vous êtes chez lui grâce à votre sens olfactif. En les ouvrant, vous découvrez que sa créativité s’épanouit dans son espace spatio-temporel de manière pour le moins surprenante. Vous y trouver des tas d’objets hétéroclites, au sens propre et figuré, comme mouchoirs douteux, chaussettes ou sous-vêtements pas très frais, restes de nourriture non identifiables ou chewing-gum abandonnés. Il y a aussi des câbles et chargeurs, alimentant divers objets techniques dont vous découvrez à chaque fois l’existence. Ils traînent et  s’entrecroisent, et leur nombre et leur mélange feraient frémir un auditeur sécurité de votre assurance incendie.

 

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L’habileté de ses dix doigts, remarquable sur les objets précités, subit de brusques atrophies au moment de les utiliser pour des contingences bassement matérielles, comme le vidage du lave-vaisselle ou évacuation de poubelles. Une incoercible langueur l’envahit et fait spontanément glisser les objets de ses mains, notamment ceux qui cassent, tandis que certains appels sont mystérieusement absorbés par les murs. Il y a une expression qui rythme la journée et qui tient la pôle position, c’est « viens mettre la table ». Il est en pleine croissance, il est très fatigué, ne le bousculez donc pas. De ce fait, il dort beaucoup. Et quand il ne dort pas, il est avachi sur un canapé, l’œil atone.

Pour le langage, c’est simple : quelques borborygmes comme « lol », « ouahhh ! » « ce vent ! » ou « trop relou » vous permettront de communiquer sur l’essentiel avec lui. Un truc qui marche bien, c’est son GPS intégré pour retrouver le réfrigérateur. Parce que l’ado grandit, donc il mange. En fait il bouffe. Il ingurgite n’importe quoi, comme jambon/nutella ou munster/kiwi. C’est bien mélangé dans l’estomac, alors pourquoi pas dans l’assiette ? Il se nourrit à n’importe quelle heure : « je mange quand j’ai faim, c’est logique, non ? » vous cloue t'il le bec, appuyé d’un « t’es pas cool, toi ». Il s’enfile la nourriture n’importe comment, avec les doigts en priorité, car c’est aussi une de ses habiletés qu’il sait mettre en avant. Et puis ça évite la vaisselle à ranger. Et en plus ça protège la planète. Comme vous restez muet devant cet argument massue, il vous le replace astucieusement pour la douche, trop fréquente à son goût. Si les ados ont le teint bronzé, c’est dû à une exposition régulière à la lumière du réfrigérateur.

L'adolescence, c'est aussi l'époque où un  enfant sait tout, à condition bien sûr que cela n'ait aucun rapport avec les programmes scolaires. Rappelez-vous : à cinq ans, mes parents savent tout. A dix ans, mes parents savent beaucoup. A quinze ans mes parents ne savent pas grand-chose. A vingt ans, mes parents ne savent rien ! Les corrigés du baccalauréat nous le démontrent d’ailleurs de manière claire. On y trouve pêle-mêle des vérités en sciences physiques « le passage de l'état solide à l'état liquide est la niquéfaction », des certitudes en raisonnement « l'alcool est mauvais pour la circulation puisque les ivrognes ont souvent des accidents de voitures », des convictions en histoire « Le 11 novembre, tous les morts de la guerre fêtent la victoire » et des évidences en logique inversée « la climatisation est un chauffage froid avec du gaz, sauf que c'est le contraire »

La seule issue, inéducable d’ailleurs, c’est que l’adolescent deviendra un adulte. Enfin, il paraît…

 

Crédit textes et photos : © Emmanuel Cockpit

Tag(s) : #Témoignages

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