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Méline est née en Corée du Sud et aujourd’hui c’est son anniversaire. Elle a 18 ans. Arrivée dans sa famille française à l’âge de 4 mois, elle a grandi et s’est épanouie, aux côtés de son frère et de sa sœur plus grands, et avec ses parents comblés par la venue de leur nouvel enfant. 

Méline c’est ma fille. Adoptive, paraît-il. On ne voit pas la différence sur le livret de famille. Ça me fait sourire, parce que je ne me fais la réflexion que très rarement, par exemple quand on me demande si sa maman est asiatique. Oui, ça c’est sûr, pour ce qui est de celle qui l’a mise au monde… mais pas pour celle qui l’a élevée. Et puis l’interlocuteur commence alors en général à s’emmêler dans ses questions qu’il veut politiquement correctes. Je ne lui en veux pas, évidemment. Il essaye juste de me faire plaisir.  

A son arrivée aussi, tout le monde avait essayé de bien faire, en s’empêtrant dans les clichés. L’institutrice de son frère avait déclamé doctement « les asiatiques sont plus intelligents que les noirs ». Wouahh ! Je me souviens avoir présenté un sourire tordu de dépit, cherchant désespérément dans le regard des autres personnes présentes un semblant de soutien. Et bien non, chacun approuvait d’un hochement de tête aussi stupide que ces chiens sur la plage arrière de certaines voitures. 

L’adoption permet à deux conjoints de se retrouver sur le même pied d’égalité. Etre parents, c’est déjà un partage complet, sauf que c’est la mère qui vit l’immense majorité des sensations, les belles et les moins sympathiques. L’attente dans l’adoption, accompagnée de ses troubles et de ses sensations, se vit avec les mêmes émotions et les mêmes craintes. Et pour un couple ayant déjà des enfants, point d’attentes utopiques ni d’historiques douloureux liés à d’infécondes tentatives. 

Nous sommes tous dans l’espérance d’un monde meilleur. Pour certains, c’est la fatalité s’il va mal, et un confort factice leur permet de filtrer leurs regards, alors que d’autres combattent parce qu’ils n’ont plus rien à perdre. Pas si loin de nous, des hommes, des femmes et des enfants travaillent sans primes, s’habillent sans frime et vivent sans clim. Des violences que nous ne soupçonnons pas font tomber des humains, tout autant remplis d’amour que nous, mais de bien plus d’espoir. Et le sable sur lequel ils tombent ne fait qu’absorber avidement leurs larmes et leur sang, en faisant disparaître toutes les traces de leurs tourments. 

 

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L’histoire que je vous raconte n’est extraordinaire que pour moi. Pourtant elle ne m’a pas demandé beaucoup de temps, de travail ou d’argent. Ce n’est qu’un minuscule pixel dans la myriade de lueurs, une micro pulsion à travers les battements de la planète. Et il n’y a pas amour, fraternité et liberté d’un côté, violence, terreur et asservissement de l’autre. C’est évidemment plus complexe. Parce que nos sociétés dites évoluées surfent sur le bonheur apparent et zappent sur les plaisirs éphémères en appuyant sur des leviers qui régulent surtout leurs envies et non leurs besoins. Tandis que les autres, celles appelées « en voie de développement », aspirent essentiellement à quitter le stade de la survie. 

Alors en cette fin d’année, au moment où des questions de toutes nature nous assaillent, je me rappelle que la couleur de l’amour, c’est celle qui éclate en feu d’artifice dans la tête et fait accélérer le cœur rien qu’en y pensant. Je te souhaite plein de bonheur, Méline. Qu’il soit à la mesure de celui que tu dispenseras autour de toi.

 

Crédit textes et photos : © cockpit


Tag(s) : #Témoignages

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