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Eglise

 

De temps en temps, je vais à l’église. Enfin, une fois par an maxi, il ne faut pas exagérer non plus. Cela me permet de constater jusqu’où l’hypocrisie et l’intolérance peuvent aller se loger. Et surtout se nicher là où elles semblaient ne pas exister à priori.

La religion est très présente dans ma région, l’Alsace, qui n’a pas connu la séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, comme le reste de la France. Elle était allemande à cette époque, et aujourd’hui les curés, pasteurs et rabbins sont rémunérés par l’Etat, au même niveau qu’un professeur des écoles. Les fêtes religieuses sont imbriquées dans la vie sociale des villages et marquent des étapes quasi incontournables pour les enfants. Pour les catholiques, la première communion en est l’une d’elle.

Me voilà donc à cette occasion au dernier rang d’une église, afin de ne pas trop faire tache dans la mouvance générale des signes de croix passionnés, génuflexions asservies, moues soumises et accompagnements lyriques d’apprentis-choristes qui ne feront jamais la Star Act, ou alors dans la rubrique « vidéo gags ». Les dorures des aubes, les bras levés pour d’hypothétiques appels vers l’au-delà et les fumées incantatoires me laissent du même marbre que celui qui compose les nombreuses statues appelant au respect. Et les idées évoquées par le maître de cérémonie glissent sur moi comme une goutte d’eau sur les plumes d’un canard, sauf quand il dit aux enfants « Je vous aime ».

Il y a même un garde suisse en habits d’époque, hallebarde comprise, qui surveille la foule d’un œil acéré. Sa mission est de stopper les chuchotements intempestifs et rappeler aux cinéastes et photographes amateurs que ce n’est pas une salle de spectacle. Au moment de la quête, il accompagne même les servants de messe d’un air menaçant pour protéger le butin qui sera conséquent en ce jour de liesse bien-pensante. Après les centres commerciaux, voici le service d’ordre qui s’invite à nouveau dans les lieux de culte.

En contemplant les toilettes et les coiffures, en imaginant sans me tromper les tonnes de nourritures et les hectolitres de boissons que l’assistance à la mine réjouie engouffrera ensuite, je me dis que l’argent investi permettrait de faire vivre plusieurs centaines de personnes pendant plusieurs mois dans d’autres régions du monde.

Je m’imagine devant les parents et familles stupéfaits, proposant d’investir dans une action caritative la moitié du budget prévu par chacun, et je visualise aisément leurs mines effarées devant tant d’impudence, face à cet olibrius qui veut gâcher la fête. Il me semble que c’est pourtant le respect de l’autre, le partage et la charité qui sont préconisés par cette religion que je tente désespérément de comprendre.

Je constate qu’il est plus facile de s’occuper d’un hypothétique Dieu que des autres humains. C’est vrai que les voisins sont déjà difficiles à supporter et ceux du village d’à côté commencent à être d’un autre monde. Alors j’imagine sans difficulté pour ces âmes bien pensantes que les humains à l’autre bout du pays se rapprochent de l’extra-terrestre. Et quand la couleur de peau ou les références culturelles ne sont pas strictement identiques, on bascule dans le rejet où la langue est qualifiée de borborygme pour le moins ou d’éructations animales pour le pire.

D’habitude, on aime ou on déteste. Moi j’aime ou j’emmerde. Parce qu’emmerder ne requiert pas de supporter l’acidité de la bile ou la violence de la rage, mais au pire un sourire ironique ou cynique. Et j’emmerde tellement la religion que je suis prêt à perdre les deux jours de congés supplémentaires existant en Alsace pour qu’elle disparaisse de ma vie sociale. La religion, c’est le plus grand holdup spirituel de tous les temps.

 

Crédits textes et photos : © Emmanuel Cockpit

Tag(s) : #Humeurs

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