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Je suis près d’une gare, attendant le départ d’un train. Et pour passer le temps, je profite du spectacle à la terrasse d’une brasserie. En face de moi se trouve un kiosque à journaux et j’observe son animation.


C’est une après-midi de septembre, le soleil fait de brèves apparitions en dardant ses rayons déjà teintés d’une couleur d’automne. L’air est doux, les passants ne sont pas pressés. Des bagages en accompagnent beaucoup, cependant rien de fébrile ne transpire de cette déambulation bonne enfant, bien opposée à celle que j’ai l’habitude de constater. 
 
Je n’ai pas vu tout de suite la vendeuse du kiosque, bien masquée par les remparts de journaux et les cascades de revues. Je m'interroge d’ailleurs sur la manière d'atteindre tous les articles, parce qu’il y a aussi des souvenirs, des cartes postales et des appareils photos jetables. Elle a peut-être des bras de trois mètres, bien cachés derrière son comptoir, et qu’elle sort brusquement pour attraper les articles ou retenir les clients indélicats ?  
 
Son visage avenant m’apparaît au hasard d’un rayon de soleil qui l’illumine. Et je me demande comment je ne l'ai pas distinguée plus tôt, parce que son sourire éclaire son univers et les personnes qui s’arrêtent chez elle. En effet c’est bien chez elle, c'est son kiosque. Maintenant que je la distingue et qu’elle se détache de son décor, je constate qu’elle n’en fait pas partie, mais qu’elle en est la pièce maîtresse. Les clients qui s’arrêtent pour acheter et les touristes pour se renseigner n’hésitent pas quant à l’endroit où se diriger. Son comptoir a beau être des plus réduits, il attire sans hésitation parce qu’on y devine sa chaleur.  
 
L’animation est très variable et des périodes d’intenses mouvements succèdent à des moments de répits où elle consulte la presse. Je l’imagine lire tout ce qui est écrit autour d’elle et conseiller les clients sur le meilleur média suivant leurs besoins. Des hommes en costume achètent des revues sérieuses, des touristes soupèsent l’opportunité de laisser leurs derniers euros dans l’acquisition d’une tour Eiffel et les habitués restent quelques instants pour prolonger le plaisir du contact. Elle a un sourire pour tous, ponctué d’un hochement de tête approbateur.  
 
Elle a chaussé des lunettes, son sourire restant imprimé pendant sa lecture. Cela lui donne un air d’institutrice à la fois sérieuse et bienveillante, celles dont on se souvient avec nostalgie, qui étaient fermes mais justes. Elle boit tout en lisant parce qu’il fait chaud sous son toit, il n’y a pas la climatisation. Brusquement le centre du kiosque pivote, comme pour la libérer, et elle apparaît en entier devant moi. Jusque là je n’avais vu d’elle que son buste. Elle a des bras tout à fait normaux.  
 
Je vais la voir pour lui dire qu’elle vient de m’inspirer cet article. J’avais craint de la méfiance, seule la surprise se dessine cependant sur ses traits, adoucie par son sourire qui ne la quitte pas. Je ne pouvais que lui dédier cette parenthèse, elle me confie alors son prénom avec spontanéité.  

L’ordinaire peut révéler de belles surprises, surtout quand on ne s’attend à rien, on peut alors croire en tout. Il suffit de regarder sans filtres. Et la presse papier garde ses avantages aussi, tout ne se trouve pas sur Internet. Alors si vous croisez Hala, vous la reconnaîtrez sûrement…


Crédit textes et photos : © cockpit


Tag(s) : #Portraits

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