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Dans les aéroports l'attente est longue, surtout en période de vacances où il faut être très à l’avance. Et certains passagers en attente observent les autres passagers en attente, et en attendant, ça passe l’attente.

Les blasés

Ils savent comment ça se passe, s’emmerdent royalement, et ça se voit. Ils regardent les autres d’un œil condescendant (les pauvres, ils ne savent pas), ils n’écoutent pas les consignes de sécurité (c’est toujours la même chose), ils n’applaudissent pas à l’atterrissage (le pilote fait son boulot), et ils allument leur portable avant l’arrêt de l’avion (ça ne sert à rien d’attendre). Ils sont souvent sans enfants parce qu’ils n’en ont pas (c’est une corvée) ou ceux qu’ils ont ne veulent plus venir avec eux. Rien ne leur plaît et ils le font savoir dans leur attitude. Ils se reconnaissent facilement entre eux et arrivent même à échanger leur point de vue commun sur tant de grisaille. Ils ont en général un certain âge, voire un âge certain.

Les absents

Ils dorment, lisent sans lever les yeux, écoutent de la musique les yeux fermés, regardent fixement l’affiche devant eux, ont des conversations téléphoniques comme si c’était la dernière. Ils vivent pour eux, imperméables à l’environnement dans lequel ils sont plongés malgré eux. Ils n’écoutent pas les annonces aux haut-parleurs, mais ils n’ont pas tort car on ne les comprendrait même pas dans sa langue maternelle : ça fait le même bruit qu’une brouette de gravier versée sur de la tôle ondulée. Les amoureux sont dans cette catégorie : au musée, au restaurant ou à l’aéroport, rien n’existe d’autre que leur fusion charnelle.

Les « m’as-tu-vu »

Ils sont de tous les âges et de tous les styles. Certains sont habillés de couleurs flashy, débordent de chapeaux et de sacs de plage avec coquillages et tongs incorporées, dans lesquels s'entassent des produits de luxe acheté au duty free shop (les alcools sont cachés au fond). Ils déclament haut et fort qu’ils sont en all inclusive et qu’ils ne vont pas se gêner pour faire déborder leurs assiettes et exploser leur cholestérol. D’autres ont des bagages avec le nom de la marque inscrit en lettres plus grandes que celles des panneaux d’affichage. Les femmes se mirent régulièrement dans un miroir et le regard des hommes traduit clairement qu’ils ne laisseront personne leur expliquer ce qu’ils doivent faire.

Les suffisants

La couleur du vernis à ongles des femmes est assortie à leur robe et celle du bracelet de leur montre à leur bronzage. Ils lisent des revues sur papier glacé en feuilletant leurs publicités avec des moues dubitatives, tout en regardant les autres par-dessus leurs lunettes de soleil griffées qui deviendront rapidement des serre-têtes. Ils considèrent autrui avec un dédain ostentatoire sur leur visage, surtout ceux qui sont heureux de partir en vacances. Quand une voix un peu forte pollue leur environnement auditif, leur bouche dédaigneuse est propulsée par les ressorts de leur indignation, comme si les rires des autres étaient blasphématoires. Bien sûr ils s'ignorent entre eux.

Les inquiets (ou nerveux, anxieux, voire paniqués)

Ca commence en sortant les bagages du coffre. On n'a rien oublié ? Tu as les billets ? Dépêche-toi, on va être en retard ! Puis ils compulsent frénétiquement leurs billets qu’ils serrent dans leur main. Ils sont en pilotage automatique, les yeux rivés sur les panneaux d’affichage et pas d’autre préoccupation que l’attente de l’annonce d’embarquement et la comparaison toutes les cinq minutes des informations avec leur pochette voyage au sigle de leur agence. Ils se lèvent, s’assoient et montrent à l’autre les informations affichées pour se rassurer. Ils écoutent d’un air absorbé les annonces dans une langue qu’ils ne comprennent pas mais approuvent de vigoureux hochements de tête que tout va bien. Au moindre mouvement de foule ils commencent à paniquer comme s’ils allaient manquer quelque chose. Les inquiets, à plusieurs c’est pire : deux paniqués ensemble, c’est quatre fois plus d’anxiété.

Les teigneux

Ils observent les autres d’un air agressif et émettent des remarques désobligeantes sur leurs tenues et leurs attitudes. Ils râlent parce qu’ils ont été obligés de venir deux heures en avance, mais ils défendent chèrement leur place dans la file en glissant subrepticement les roulettes de leur bagage sur les tongs de la voisine. Ce sont eux qui surveilleront que tout le monde aura bien éteint son portable dans l’avion. Ils séjourneront sans doute dans des hôtels avec de hauts murs autour et gardés par des hommes en uniformes. Ils s’auto émulent en groupe.

Les bienheureux

Ils se caractérisent par un mélange de timidité, de nonchalance, d’espièglerie et d’insouciance. Ce sont eux dont la carte d’embarquement dépasse de leur poche arrière, prête à tomber. Souvent en famille, les parents jouent avec les enfants. Ils sont curieux de tout, ils essaient d’ouvrir les portes fermées, absorbent toutes les informations avec bonhommie, détaillent le règlement des toilettes et s’extasient sur la traduction de certains mots. Ils dévalisent le duty free shop, inconscients que les prix sont à peine moins cher qu’ailleurs, et se retrouvent avec 4 sacs par personne au moment d’embarquer. Le spectacle des avions et l’animation des pistes les ravit, tout leur plaît, ils sont heureux.

Les « j’ai des avis sur tout »

Ils déclament leurs certitudes sans appel. Et ça donne des déclarations du style « il est pourri cet avion » ou « c'est super bien payé un contrôleur aérien » en passant par « il n’est pas beau le costume des hôtesses » et aussi « ce n’est pas une langue, c’est une maladie de gorge ». Et une fois sur place ce sera des « on mange mieux chez nous ». Il fallait rester chez vous alors.

Les déconneurs

Ils sont en vacances pour en profiter et ça démarre tout de suite ! Sans gêne, ils sont un mélange de bienheureux, de m’as-tu-vu et de j’ai des avis sur tout. Ils hurlent à travers les halls, s’esclaffent pour un rien, s’étalent sans vergogne. On peut trouver dans cette catégorie les inquiets extravertis. Ils s’auto-rassurent au travers du détail des catastrophes aériennes en se lançant dans des calculs de probabilités entre les accidents de la route et dans les airs (enfin souvent au sol). Ils se complaisent à rappeler que nous ne sommes pas dans un pays à risque, qu’ils n’y a que des européens parmi les passagers. C’est un spectacle qui fait bien passer le temps aux autres, mais on peut hésiter à certains moments entre rire et peur.

Justement, à propos de peur, en prenant l’avion l’année dernière c’était panique à bord. Alors je me suis rassuré de pouvoir revenir vous raconter mes histoire en observant les autres. Et comme ça m’a fait rire, je me suis détendu. Enfin, j’ai quand même plus de chance de me crasher en avion que de gagner au Loto… surtout que je ne joue pas.

 

Crédit textes et photos : © cockpit


Tag(s) : #Portraits

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