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Décryptons les expressions trop marketing pour être honnêtes et comprenons bien que c'est pour enfumer le client. Comme quand Patrick Timsit nous explique comment décortiquer les petites annonces et comprendre "qu'immeuble bourgeois" signifie "vieux".

 

Le serveur ne nous souhaite plus un bon appétit mais prend des mines complices pour nous susurrer une bonne dégustation. Sans doute pour justifier les trois mini feuilles de salade qui cachent l’extase du chef au creux de l’assiette. Et le dessert aux couleurs chatoyantes mais dont la quantité est inversement proportionnelle à la taille de son support. Peut-être puis-je aussi rester debout puisque cette dégustation se conclura en quatre vingt dix secondes et trois bouchées. Et si vous lisez "méli-mélo de filet mignon finement râpé et son fouillis de tubercules du pays", pensez à traduire par "hachis parmentier".

 

Le coiffeur n’officie plus dans un salon mais dans un atelier. Il est devenu visagiste et sculpteur de coiffure. Il vous propose des conseils beauté, des produits personnalisés, des rendez-vous détente. Du coup ça devient des espaces détente, des espaces beauté et des espaces clients. C’est mon espace vital qui commence parfois à me manquer.

 

Le photographe ne vous reçoit plus dans son magasin, mais dans son atelier, lui aussi. Sans doute pour jeter un voile artistique sur sa fonction, comme du temps où cela se passait dans des chambres noires avec un halo de lumière rouge propice à toutes les imaginations. Alors qu’il se contente aujourd’hui de mettre votre carte mémoire d’un coté de sa machine et de regarder les photos sortir toutes seules de l'autre coté. Un ado va plus vite devant une borne automatique connectée en bluetooth sur son téléphone.

 

Le garagiste s’est transformé en partenaire, il ne dit plus voiture mais véhicule et ne parle plus de révision mais de service. Comme s’il nous rendait service avec ses mines d'employé de pompes funèbres pour nous annoncer le prix des travaux. Heu… non, des services. Il nous rend service pour changer une ampoule de clignotant alors que nous sommes obligés de venir le voir parce qu'on ne peux plus le faire soi-même ? J'ai voulu essayer, j'ai consulté le mode d'emploi de mon véhicule. Il y a avait un chapitre "faites le vous-même" dans lequel on m'expliquait à la rubrique "changer une ampoule" qu'il fallait aller voir son garagiste "compte tenu de la complexité de l'opération et de démontages de pièces nécessaires". Ces partenaires que l’on m’impose me laissent une gène dans le bas du dos après m’être penché en avant.

 

Le guichetier à la banque est devenu un conseiller financier ou un chargé de clientèle. Surtout un chargé d’atteindre ses objectifs dans la vente des produits financiers, sous peine de voir son bonus fondre comme l’espoir d’un client smicard, diabétique et dépressif venu demander un prêt sur trente ans. Et s’il s’appelle conseiller en patrimoine, c'est que vous avez beaucoup d’argent. Et puis carte bancaire, c’est trop vulgaire et carte de paiement c'est carrément grossier. Elle devient alors carte de service. Silver, gold ou platine, premier, business, ou intégrale. Avec des packs tranquillité, sérénité ou total. Ah, j’allais oublier ! Il est totalement déplacé, complètement insultant et certainement diffamatoire d’utiliser le terme de "fraude" pour qualifier ce que les financiers appellent "optimisation fiscale".

 

Pour la nourriture aussi, le vocabulaire fait vendre. J'avais déjà parlé ici de la saveur des mots et des produits du "terroir", où c’est mamy sans pesticides qui transmet d’un regard bienveillant des siècles de compétence et de savoir faire. Et surtout que cela permet de multiplier les prix par deux. L'expression "à la main" insuffle également une bonne dose d'authenticité virtuelle au client. Sur mon paquet de saumon par exemple, c'est marqué "salé à la main". Qu'est ce que j'en ai à fiche ! Il avait au moins les mains propres, le saleur ?

 

Un des pires secteurs, c'est l'informatique et les télécoms. Je me marre quand j'entends "Business Intelligence" (prononcer « bi-aïe » pour les intimes). Des consultants suffisants vous expliquent que vous meniez jusqu’à présent votre business comme un con et qu’ils vont vous mettre sur le droit chemin à coup "d’études d’opportunité" de "story board" et d’applications de "core model". Et votre fournisseur de téléphonie mobile à qui vous demandez de débloquer votre appareil, pour changer d’opérateur, vous lâche du bout des lèvres le code de "désimlockage". Vous avez l’impression de lui demander les codes pour déclencher la force de frappe nucléaire.

 

Mon grand-père était maréchal ferrant. Aujourd'hui il serait artisan métallier pour équidés.

 

C’est l’hyper-crise noyée dans son hypocrisie.


 

Crédit textes et photos : © cockpit


Tag(s) : #Humeurs

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