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Les travaux réalisés à la maison commencent très souvent par un passage dans un magasin de bricolage. Et c’est là que se trouve le problème, parce que ce n’est pas un batifolage bienheureux dans les rayons qui vous attend, mais bien un parcours du combattant, avec toutes ses caractéristiques : attente interminable, effort physique démesuré, remise en cause déstabilisante, humiliation permanente et devenir de votre couple remis en question.

Ca débute par un sentiment d’impuissance en arrivant dans l’entrée de la GSB, la Grande Surface de Bricolage. Normalement ça devrait bien se passer. C’est du bricolage et rien que du bricolage, pas le rayon quincaillerie du supermarché, ni un de ces magasins spécialisés où, pour passer le seuil, il est nécessaire de disposer d’un Bac + 10 en perceuse-dévisseuse électro-portative à 20 vitesses. Nous sommes donc au bon endroit. La GSB est grande, il y a donc du choix pour le bricoleur qui va y trouver tout ce dont il a besoin. Et c’est une grande surface, les prix devraient donc être intéressants, pour l’acheteur, il s’entend. Parfois aussi l’acheteur sent. C’est normal, c’est un bricoleur, il travaille, il transpire.

Cette impression d’humilité est alimentée par l’immédiate submersion ressentie dès que vous vous engagez dans les premières allées. Ecrasé, étouffé et quasi anéanti d’entrée par ces immeubles de cuvettes de WC, ces montagnes de pots de peintures et ces armées d’appliques lumineuses qui dardent sur vous leurs spots éblouissants et vous indiquent de manière péremptoire qu’ici ce n’est pas pour les rigolos. Les affiches promotionnelles dansent là où il reste de la place et vous vous sentez manifestement stupide parce que vous ne vous jetez pas sur cette promotion ultra-méga-fantastique, qu’avec ça Le Roi du bricolage c’est mieux que Merlin l’enchanteur.

Une fois les battements de votre cœur revenus à un rythme de nature à ne plus affoler votre médecin, vous devez repérer le rayon dans lequel il est vraisemblable de trouver l’objet ou le produit imaginé. La réalité n’a cependant rien à voir avec les décorations de rêve caressées d’une main tremblante dans Masures et Maisons. Et vous ne serez jamais comme ces mannequins qui repeignent leur salon en vêtements griffés à l’aide d’outils qui ne devraient pas quitter leur vitrine. C’est à ce moment que démarre la vraie vie du bricoleur sur le terrain. La colle pour carrelage n’est pas au rayon carrelage, mais au rayon produits de fixation. Et les mèches à bois pour perceuses ne sont ni au rayon bois, ni au rayon perceuses, mais tout simplement dans l’allée 28, entre les marteaux et les boites aux lettres. Quoique, comme elles sont en promotion, elles sont peut-être quelque part dans l’allée centrale qui fait 185 mètres de long.

Là, c’était facile. Un outil ou un accessoire, vous finirez bien par le trouver. Mais vous avez aussi un projet : vous voulez repeindre la cuisine. Bêtement, vous pensez qu’il suffit d’un rouleau et d’un pot de peinture. Grave erreur qui vous mènera au mieux à la séparation et au pire aux voies de fait sur votre conjoint. Il vous faut des conseils pour trier, soupeser et argumenter votre choix de produits et d’outils. Vous êtes donc à la recherche d’un vendeur, pardon, d’un conseiller. Amis lecteur, vous avez déjà entrevu, deviné, compris : vous n’êtes pas tout seul ! La longue attente commence avant d’exposer votre besoin à une personne disponible. Après une attente variable entre l’agacement et la phlébite aigue, vous lui exposez fièrement vos envies. Et l’unique réponse qu’il vous fait, c’est que ce n’est pas son rayon et qu’il faut s’adresser à son collègue, The Specialist. Et pour lequel, bien sûr, il y a aussi plusieurs personnes qui attendent.

Quand enfin The Specialist daigne vous octroyer son regard, au mieux compatissant, au pire suffisant, vous vous apercevez que c’est une erreur de vouloir s’adresser à lui. En effet, il est spécialiste, il sait donc tout. Et vous, vous ne savez rien, ou pas grand chose. C’est pour ça que vous avez besoin de lui. Mais lui, il commence par lever les yeux au ciel parce que vous ne savez pas trop ce que vous voulez comme produit ou comme outil. Je vous rappelle que c’est The Specialist, il est donc très recherché et son temps est très précieux. Vous êtes écartelés entre cette sommité de la peinture glyco-thermo-rapido-fastoche et ceux qui attendent derrière vous, partagés par des soupirs d’impatience et des ricanements contenus, compte tenu de votre ignorance. Enfin, monsieur, on se renseigne sur les basiques avant de solliciter The Specialist !

Je passe sur la gymnastique pour aller chercher le produit pas cher mais tout en haut du rayon, les circonvolutions nécessaires pour faire entrer tout ça dans la voiture, les noms d’oiseaux échangés avec votre conjoint et les enfants à qui il a fallu promettre un truc qui va vous coûter plus cher que le projet envisagé.

Alors un conseil : commencez d’abord par vous demander si ce n’est pas bien comme c’est chez vous…

 

 

Crédit textes : © cockpit

Crédit photos : morguefile


Tag(s) : #Vie quotidienne

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