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Les musées c’est en général sérieux. Le public vient épanouir son esprit et embellir son âme dans ces temples sacrés de l’art. Il y a toutefois un aspect qui ne change jamais : c’est le public. Et là on sourit souvent.

Nous sommes dans une exposition des peintres Klimt et de son disciple Schiele. Gustav Klimt est connu pour son baiser, c’est plutôt agréable à regarder, alors que les peintures d'Egon Schiele sont nettement plus torturées, basées sur les attitudes des résidents d’hôpitaux psychiatriques et des positions désarticulées des marionnettes.

J’observe les tableaux et aussi les nombreuses personnes qui sont présentes et qui deviennent d’ailleurs vite des personnages. L’immense avantage des visiteurs, c’est qu’il n’y a pas besoin d’explications pour les comprendre, contrairement à certaines oeuvres. 

 

Alors voici une typologie non exhaustive du tout.

L’évaporé est prêt à défaillir devant chaque œuvre, les lèvres entrouvertes et les yeux exorbités. Sa main sur la bouche tente d’étouffer le cri rauque et quasi orgasmique qui le terrasse. Il avance dans les salles en glissant sans bruit pour ne pas polluer auditivement l’environnement du maître dont il partage le regard, l’éclair d’un instant. L’évaporé est seul ou en groupe de même catégorie.

Le sceptique compare tout, ce qu’il observe et ce qui est écrit dans ses guides, brochures et catalogues (il en a plusieurs). Ses yeux effectuent des allers-retours entre les œuvres et ses documents, plus rapides que ceux des spectateurs d’un match de tennis. Et il s’exclame bruyamment, que la comparaison le satisfasse ou non. Le sceptique est seul ou en groupe, mais il vaut mieux qu’il soit le seul de sa catégorie dans le groupe.

L’égaré s’ennuie, acquiesce sans passion les commentaires enfiévrés de ses compagnons tout en louchant de manière compulsive sur sa montre ou son téléphone portable. On sent qu’il souffre et se fait rappeler à l’ordre par les autres pour son manque d’implication. Quand il fait une remarque ou pose une question pour tenter de s’intégrer, les yeux réprobateurs des autres le relèguent au statut de néophyte au moins ou d’impie au pire. L’égaré est bien sûr en groupe, sinon il ne serait pas là.

Le suiveur est là mais pourrait aussi passer l’après-midi au zoo ou dans une galerie marchande. Comme son nom l’indique, il suit le meneur, un pas en arrière. Il ne s’ennuie pas mais il est sans initiative, traîné par une laisse invisible, détaillant autant les autres que les œuvres artistiques. Il aime ce qu’il voit de la même manière qu’un beau camion ou une robe élégante. Le suiveur est obligatoirement en groupe, sinon il n’existerait pas.

Le fusionnel est en couple et fusionne avec son conjoint comme avec les œuvres. Il est là pour absorber de l’émotion et la partager. Les deux partenaires ne se quittent pas d’une semelle, transcendés par l’ambiance et mélangeant leurs appendices gustatifs entre chaque tableau (traduction : bécotage intensif pour vérification de leurs plombages respectifs). Ils ne décollent pas l’un de l’autre, formant une haie infranchissable pour les autres visiteurs. Les fusionnels vont donc par paire, mais il existe des fusionnels individuels qui se rapprochent des égarés.

Le déconneur rigole, l’oeil goguenard et le sourire ironique, comparant les portraits à des visages de personnages people, dénigrant la plupart du temps ce qui lui est présenté. Le top c’est quand il tombe sur une œuvre à connotation sexuelle, ce qui lui permet des commentaires graveleux à faire rougir un régiment de légionnaires. Il est susceptible d’entrer en conflit avec l’évaporé qu’il toise avec mépris, ainsi qu’avec le sceptique, sans doute parce qu’ils se battent pour l’occupation sonore de leurs onomatopées. Le déconneur est toujours en groupe, et plus ils sont nombreux, plus ils s’auto émulent.

L’esthète est rare. Il se distingue des autres parce qu’il est distingué. Il se fait remarquer parce qu’il ne fait rien pour. Il en impose par l’élégance de son regard qui se pose sur les oeuvres avec bienveillance et malice. Son plaisir rayonne et on a envie de s’approcher de lui pour mieux comprendre l’artiste et bénéficier de ses ondes. Il est seul, en couple ou en groupe, mais dans tout les cas il est unique.

L’individualiste est un mélange de déconneur qui persifle à voix basse et de suiveur du chemin qu’il s’est fixé, agrémenté d’une pincée d’ironie voire de cynisme sur son environnement. Il est ouvert à tout mais sans concession en ce qui concerne son avis, car il veut ressentir plutôt que comprendre. Il est seul, en couple ou en groupe, mais s’éloignera souvent des autres et restera avant tout discret. Et toute ressemblance avec l’auteur de cet article ne serait que pure coïncidence.

 

 

Crédit textes : © cockpit

Illustration : Gustav Klimt, Le baiser, 1907 - Egon Schiele, Les amoureux, 1915


Tag(s) : #Portraits

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