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Ahhhhh le yoga ! On en a tous entendu parler. Equilibre mystérieux entre le corps et l’esprit, accession à l’harmonie, à la plénitude, voire au nirvana pour certains.. Que des mouvements naturels, sans violence pour le corps, pas de traumatisme ni de souffrance physique. Alors j’ai cédé sur l’insistance d’une amie qui m’en a vanté les mérites. « A la fin de chaque séance, je me mets à pleurer, tellement je me suis détendue », m’avait-elle argumenté. Je m’étais dis que c’était une occasion d’essayer et donc d’en savoir un peu plus sur la manière d’accéder aux délices successibles d’être procurés par mon corps.

Bien sûr, mon esprit cartésien me soufflait fort que je n’allais pas me plier en quatre à la première séance. J’avais tenté d’argumenter que j’étais super débutant, genre première année de maternelle, mais mes arguments étaient restés bien faiblards pour réussir à m’y soustraire. « Tu verras, c’est génial, après tu te sens tellement bien ! »

Ca se passe à l’extérieur, sur du gazon, sous les palmiers, au bord de la plage, sur une serviette moelleuse, dont la couleur fushia est censée me mettre instantanément en communion directe avec le soleil couchant. Les conditions semblent donc propices à laisser son esprit communier avec les forces telluriques et les souffles immatériels de la nature.

La professeure arrive, tout à fait dans le style attendu, avec le regard profond qui laisse supposer que tu n’es qu’un pauvre hère à qui on octroie le droit à la connaissance suprême. Les bracelets aux chevilles et aux poignets et les nombreuses bagues aux orteils et aux doigts achèvent de lapider les éventuels doutes que je pourrais avoir sur les capacités du maître à m’emmener vers l’extase. Les élèves sont béats d’admiration, le regard fiévreux animé d’une passion sans limite devant l’ouverture indiscutable vers la connaissance suprême. Le regard vitreux de l’initiatrice est assisté par symbiose interposée, mais questionne toutefois la part binaire de mon esprit sur ce qu’elle a fumé avant de venir.

Ca commence calmement par quelques mouvements de respiration. Rien de bien spectaculaire, même pour celui qui s’enfilerait journalièrement son paquet de cigarettes. Puis ça enchaîne sur une élongation des membres inférieurs en position debout, ce qui m’oblige à me tenir sur une seule jambe. Rien n’était précisé avant le cours sur le fait d’éviter les boissons qui influencent l’équilibre, de celles que les cigognes et les flamands roses ne consomment pas.

Ensuite ça devient très vite pénible. Les rotations du corps, des bras, des jambes et de la tête me rappellent crûment que le corps n’est pas naturellement disposé à être tendu, tordu, plié et déformé dans des positions non concernées par les situations de la vie courante, enfin la mienne : devant un ordinateur, une bière, ou un tableau de bord.

Et l’autre qui n’arrête pas de nous dire : « feel your breath » (sentez votre respiration). Ouais, je la sens bien ma respiration, mais c’est surtout mes articulations que je sens bien et pour lesquelles je me demande si elles ne vont pas rester définitivement soudées sans pouvoir prendre une autre position que celle du lotus. Comme il faut souvent fermer les yeux, pour m’aider, je jette des coups d’œil discrets vers l’extase des autres participants en connexion directe avec les ravissements d’une contrée inconnue pour moi.

En fin de compte, ce détachement dans la recherche d’un équilibre sans excès, d’un milieu sans à coups et d’une contrée sans extrêmes me paraît suspect et sans saveur. On peut être sportif et fumer une ou deux cigarettes par jour, aller en boite de nuit et aimer Nietzsche, être sexy et lire l’évangile à l’église.

L’équilibre, c’est le goût de rien, les mélanges, c’est la saveur de tout.

 

 

Crédit textes et photos : © cockpit

 


Tag(s) : #Témoignages

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