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Aéroport de Francfort. Je vais monter dans l’avion en cette fin d'après-midi. La température est élevée et l'atmosphère humide. C’est une compagnie sérieuse, une organisation allemande et tout va bien. Mais voilà, en avion, les statistiques rassurent mais la panique perdure.

Les valises ressortent de l’avion alors que les passagers y entrent. Au bout d’une demi-heure, le commandant de bord nous explique qu’une inspection des bagages inopinée est en cours. La climatisation n’est pas en marche et il doit bien faire 35°C. Les hôtesses distribuent hâtivement de l’eau aux passagers. Je vois une jeune femme commencer à étudier fiévreusement le manuel de sécurité placé devant elle. Et il y a un type sur le tarmac qui prend des photos de l’avion. Peut-être pour les revendre aux journaux plus tard, en les valorisant comme étant les dernières prises avant qu'il ne se soit écrasé en mer.

Voilà maintenant deux heures que je suis assis et que nous n’avons toujours pas décollé. Les informations édulcorées des hôtesses ne rassurent pas mon Grand Guignol personnel qui carbure à fond et tourne en boucle dans ma tête. Car c’est maintenant la porte de la soute qui ne ferme pas correctement, d’où une attente supplémentaire pour sa réparation et le contrôle sécurité après le passage de la maintenance. Les informations distillées parcimonieusement par le commandant ont une consonance qui devrait rassurer, car le ton impératif de la langue allemande ne permet pas la réplique. Ce sont presque des ordres qui ne se discutent pas et toute tentative se heurterait à un mur inébranlable de certitudes.

Au même moment se joue un match de l'Allemagne pour la coupe du monde de foot, et le « captain » ne manque pas de signaler à l’assistance les buts marqués par l’équipe nationale aux passagers majoritairement allemands. C’est bien sûr ponctué à chaque fois d’applaudissements nourris et de cris de guerriers vainqueurs. Insensible pour ma part aux destinées de la « Deutsche Mannschaft », mon petit vélo intérieur continue à pédaler à fond, malgré la musique de bar et les sourires de la publicité de la compagnie diffusés sur les écrans.

Un français commence à râler sérieusement et une petite fille demande à sa mère : « l’avion ne part pas parce qu’il est cassé ? ». La vérité sort de la bouche des enfants, dit-on. Elle serre dans sa petite main une peluche au sourire craquant. Celle qui flottera peut-être sur l’océan après le crash et placera le photographe en bonne position pour le premier prix de l’image de l’année.

L’avion finit par décoller pour un long voyage. La distribution de mignonnettes n’a plus court et les boissons alcoolisées sont toutes payantes. Je me shoote au rouge, car il faut bien cela pour faire passer le plateau repas. Je n’arrive pas à y distinguer l’entrée du dessert, entre le truc tremblotant rose et le machin gélatineux jaune.

Rien d’intéressant à la vidéo, un soap américain où ils se marièrent et eurent beaucoup d’amants. De toute façon je ne suis pas vraiment tenté par l’écran accroché au plafond et qui n'est pas plus grand que celui de mon ordinateur. Je sors l’équipement complet du « j’oublie-où-je-suis » : le masque tendance SM sur les yeux, le coussin gonflable tendance minerve autour du cou et les bouchons tendance clown dans les oreilles. La position fœtus me réveille tous les quarts d’heure pour cause de fourmis vivantes en train de se faire le carnaval de Rio dans mes bras et mes jambes. Et donc je ne suis pas encore mort.

Ma panique au moment de l’atterrissage devrait disparaître, quand je vois la somme des hasards bienveillants qui ont tressé tous les instants de ma vie, mais je me dis aussi qu’un avion c’est léger, très léger. A vide il représente à peine le poids des passagers avec leurs bagages et le carburant. La mécanique des fluides n’est pas une science complètement exacte. Et l’informatique n’est pas totalement maîtrisée non plus. Et puis les boutons, les voyants et les manettes dans un cockpit sont si nombreux ! (c’est comme dans ma tête).

En fin de compte, le seul accident sera le café renversé sur mon pantalon. Il faut dire que le petit déjeuner, servi à trois heures du matin dans les trous d’air, ne m’a pas spécialement réveillé. Et le breuvage était tellement clair qu’il n’a même pas laissé de taches.

Ca y est, je reprends confiance : qui vivra mourra !

 

Crédit textes et photos : © emmanuel cockpit

 

Tag(s) : #Témoignages

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