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Le générique annonce un film basé sur des faits réels. Et la réalité dépasse la fiction, comme d’habitude. Le film « Polisse » retrace la vie d’une une dizaine de policiers dans une brigade des mineurs, filmés par Maïwenn, la réalisatrice du « Bal des actrices ».

Fidèle à son habitude, elle promène sa caméra dans ce documentaire-fiction, de manière un peu déconcertante au départ. Les scènes s’empilent de manière incertaine, le montage paraît aléatoire et le rythme en est pénalisé. Ça pourrait faire brouillon, et brusquement le spectateur se sent assis à la même table que les acteurs avec un objectif qui s’immisce dans les scènes. Mais sans les mouvements excessifs que l’on peut retrouver dans le style « caméra à l’épaule » de certains films d’actions et qui donnent la nausée. 

La nausée viendrait plutôt des cas traités froidement dans des scènes pathétiques ou dures et rendues par une équipe d’acteurs formidables. Leurs personnages s’installent peu à peu, le spectateur les découvrant au fur et à mesure car ils ne sont pas toujours ce que l’on imagine. On s’attache à ces flics ordinaires dans des situations où la perversité leur éclabousse la figure. Les plans rapprochés permettent de se placer au cœur de leurs actions et de leurs sentiments.

Joey Starr en flic au grand cœur distribue plus de bisous que de baffes, ce qui est déjà une performance au regard de l’image du personnage. On y trouve Karin Viard en compagne sentimentale, Marina Foïs en partenaire froide, Audrey Lamy en mère déjantée et Naidra Ayadi en beurette passionnée. Et puis Maïwenn qui, fidèle à son habitude, apparaît en photographe reporter au milieu de cette équipe soudée mais fragile. Elle établit le lien tenu entre cette réalité et celle des autres gens, ceux qui aiment ou se querellent avec leurs conjoints, emmènent leurs enfants à l’école ou découvrent un nouvel amour.

La réalisatrice promène son sourire touchant comme pour adoucir ces vérités, mais elle règle ses comptes avec quelques sujets comme l’islamisme et en profite pour expliquer que parler un langage châtié n’est pas une tare. Elle ne se gêne pas non plus pour nous décortiquer une équipe issue de la diversité sociale et pathologique, avec homo, beur, alcoolique ou boulimique.

Rien n’est épargné. Pour monter que nous sommes dans la vraie vie, les dialogues à connotation quasi exclusivement sexuelle puisent leur vocabulaire dans un langage qui est au-delà du grossier. A côté, Ugly Barrow, le conducteur de chariot de Lucky Luke, c’est un dîner à l’Académie Française. La banalisation de l’acte sexuel par les adolescentes ou les mères pédophiles (oui mères) est décrite dans des scènes où le spectateur hésite entre rire et indignation. La scène du fœtus, issu de l’avortement d’une adolescente violée, est complètement hallucinante. La prestation de l’actrice qui l’interprète est d’ailleurs criante de vérité, pour peu que l’on puisse imaginer l’indicible d’une telle situation.

La fin peut être déroutante, car elle explose comme la pression contenue tout le long de ce film de plus de deux heures, et elle propose une note d’espoir qui peut laisser sceptique. C’est un film un peu trop long, un peu trop narcissique, un peu trop affectif. Mais c’est un film que je ne regrette pas d’avoir vu.

Polisse, ça s’orthographie comme ça pour imager une autre réalité. Celle des plus petits qui ont besoin d’être protégés. Celle de certains ados qui n’ont pas encore compris. Et aussi celle des adultes capables du meilleur comme du pire.

 

Crédit textes : © Emmanuel Cockpit

Tag(s) : #Cinéma

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