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Les grands froids récents ont privé d’eau courante certains d’entre nous. C’est surtout le dégel rapide qui a été préjudiciable aux canalisations qui ont subi des contraintes physiques et n’ont pu absorber les chocs dus aux dilatations. J’ai été l’un de ceux qui ont dû attendre un peu avant de pouvoir prendre une douche. Et pour certains, ça a duré une semaine.

Un jour ? La belle affaire ! J’ai attendu patiemment parce que je savais toute une organisation mobilisée pour remettre les choses en ordre. Des pompiers volontaires, des spécialistes es-canalisations et des fonctionnaires d’astreinte étaient prêts pour secourir les populations en détresse. Les alertes par cascades téléphoniques étaient assurées par des systèmes de télécommunications sophistiqués au sein d’organisations habilitées murement réfléchies par des collectivités élues. Le problème a été réglé par des tractopelles opérationnels aux cabines chauffées et des spécialistes chaudement protégés par des vêtements et des gants aux fibres techniques révolutionnaires.

Dans notre société où une partie de la population assiste l’autre, ce type de contrainte ne doit pas durer longtemps. L’urgence est devenue la norme. Le « je veux » a supplanté le « je souhaiterais ». Les désirs doivent être assouvis sans délai, sinon c’est le drame. Je mets deux heures pour faire cinq cents kilomètres en TGV, mais il faut que je puisse aller sur le net pendant le voyage et avec des pages Internet s’affichant instantanément, bien sûr. La vitesse, tout le monde la recherche, nous en voulons tous et partout.

Comment ça plus d'eau ? Et toute cette neige c'est quoi ? Allez, on prend sa pelle, on remplit des seaux et voilà ! Il ne reste plus qu'à chauffer. Et pour me laver les dents j’avais du cognac, même pas besoin de recracher. Quelques kilomètres dans une voiture conçue pour démarrer au quart de tour, et je me trouve une autre maison accueillante, branchée, câblée, reliée et raccordée pour tout le reste.

La vie est belle n’est-ce pas ? Je savais que le robinet allait à nouveau faire jaillir ce jet d’eau bien cylindrique, étudié par des bureaux d’études spécialisés dans la mécanique des fluides. L’eau allait revenir, je n'imaginais pas le contraire, et surtout pas ce que vivent les gens qui n'ont pas d'eau, jamais une goutte, ou alors à plusieurs dizaines de mètres de chez eux, au fond d'un trou. A l'échelle mondiale, être sans eau pendant un temps limité me maintien encore dans la catégorie des privilégiés.

Alors pouvoir prendre du recul, c’est bien. A condition de ne pas être dos au mur.

 

Crédit textes et photos : © Emmanuel Cockpit

Tag(s) : #Vie quotidienne

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