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Vendeur_Photo

 

Ça se passe dans un magasin spécialisé dans la vente de produits culturels et techniques, reconnu pour ses tests objectifs et ses compétences de haute technicité.

Je cherche à acquérir un flash pour mon appareil photo. Les rayons concernés couvrent des murs entiers, illuminés par des spots discrets qui mettent en valeur des produits de haute technologie. Ils sont bardés d’étiquettes vantant leurs caractéristiques de haut niveau et leurs prix promotionnels sans équivalent. Ne voulant pas me tromper, je recherche un spécialiste de la question entre les nombreux rayons. Le seul vendeur est occupé avec une dame qui veut un objectif grand angle, mais qui ne sait pas de quelle focale, ni pour quel appareil. Le vendeur lui explique les bases de l’optique, lui présente les différents modèles et s’étend sur les fish eyes qui donnent l’impression de regarder à travers le judas d’une porte. Devant la moue perplexe de la cliente-photographe plus qu’amateure, il reprend laborieusement ses éclaircissements.

Pendant ce temps, j’attends. Au bout d’une dizaine de minutes, un autre vendeur arrive. Au fur et à mesure que je me rapproche de lui, il se met à compulser frénétiquement un catalogue, tentant d’enfouir son visage dans ses références. Je ne me laisse pas intimider et je me rapproche de lui d’un pas volontaire pour lui exposer d’une voix aimable l’objet de ma demande. Sa chevelure abondante et bouclée qui me fait face reste muette. Je me penche alors vers lui et tente de capter son regard. A moins qu’il ne soit aveugle et sourd, il devrait normalement sentir ma présence. Ses yeux finissent quand même par se poser sur moi, et je peux y lire toute la détresse du monde. Il m’explique qu’il n’est pas du rayon. Comme je reste parfaitement immobile devant lui, il consent à aller chercher un autre collègue spécialiste.

Durant ma nouvelle attente, je jette un coup d’œil vers l’apprentie-photographe qui continue à saper les espoirs et monopoliser la patience du premier vendeur. Elle finit par se résoudre à choisir l’objectif de son objectif d’achat. Son interlocuteur n’attend pas qu’elle change d’avis et se précipite vers la réserve pour lui trouver l’objet péniblement sélectionné. Dix nouvelles minutes se sont écoulées, sans qu’un autre messie n’apparaisse pour satisfaire mes besoins. Mon messager a dû fuir au loin.

Une porte secrète s’ouvre soudain en face de moi. Un type en costume-cravate apparaît,  avec un sourire de séducteur italien faisant étinceler ses canines de prédateur.

-         Je peux vous aider ?, me demande-t-il.

Tu parles si tu peux m’aider ! Je recommence à expliquer ce que j’attends et, ô miracle, il rouvre la porte-placard et demande à Justine de venir. J’espère qu’elle n’a rien à voir avec l’héroïne du Marquis de Sade. Me voilà reparti dans mes explications : un flash comme ceci, pour un appareil photo comme cela. Justine se précipite sur son ordinateur comme un naufragé sur un canot de sauvetage et m’assure au bout de quelques secondes qu’elle n’a rien en stock.

-         Mais, me dit-elle d’un sourire complice, on peut tromper le stock et faire venir un modèle très rapidement.

Ma moue dubitative dessine sur son joli minois une foule d’interrogations.

-         Et «  très rapidement », en unité de temps, c’est combien ?

A ce jour, j’attends toujours le réponse. Je lui demande aussi des précisions sur les caractéristiques techniques du produit.

-         A part le prix, je n’ai que la référence, me répond-elle, l’air sincèrement attristé.

Et moi, à part l’envie de partir en courant, car cela fait quand même une demi-heure que j’attends, je n’ai plus rien d’autre à faire ici.

Au fait, ça s’est passé à la FANC. Je le prononcerais plutôt fuck !


Crédits textes et photos : © Emmanuel Cockpit

Tag(s) : #Témoignages

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