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casino

 

Je suis dans un casino, histoire de sentir l’ambiance d’un des nombreux lieux de perdition qu’offre notre société à ses membres qui rêvent d’un monde meilleur. Enfin meilleur, façon de parler, parce qu’une fois ces contrées atteintes par le fruit d’un extraordinaire hasard, cette nouvelle dimension serait surtout garnie de comptes en banque dont l’agence de quartier ne pourrait assurer la tenue. En effet, la zone prévue dans son système informatique pour inscrire le chiffre des revenus tombés du ciel serait trop petite pour le montant des sommes à y déposer. Et si ces élus devaient opter entre la paix dans le monde ou la première place dans le magazine Forbes, leur seul problème serait de choisir la couleur de leur Ferrari. Oui, parce que rouge, c’est d’un commun !

La pièce d’identité obligatoire permet au cerbère à l’entrée de vérifier que je ne suis pas fiché au catalogue des joueurs indésirables ou ayant choisi de soigner leur addiction. J’observe le plafond et j’y découvre une densité de caméras très proche de celle des gardes du corps autour d’un chef d’état. J’évite donc de prendre trop vite quelque chose dans ma poche, histoire de ne pas déclencher un rapprochement brusque des types en costume noir à câble tirebouchonné qui leur sort de l’oreille. J’essaie aussi de ne pas me gratter le nez de manière prolongée, des fois que ce serait pris pour le signe déclencheur du casse du siècle.

La personne qui m’accompagne décide de sacrifier quelques euros, histoire de voir comment ça fait de perdre son argent aussi vite que si une bourrasque avait éparpillé les billets aux quatre vents. Nous voyant errer dans les allées proposant près d’une centaine de machines à sous, une demoiselle accorte nous accoste pour nous expliquer comment se débarrasser au plus vite de nos billets et les sacrifier sur l’autel de l’espoir et de l’illusion. Elle prend le temps de bien tout décrire, quelles sont les différentes machines, ce qu’elles peuvent nous rapporter, et comment les dompter. Tentant d’accrocher mon regard plusieurs fois, je lui rétorque que je ne suis pas intéressé, et que les ordinateurs, je les préfère dociles, obéissants et surtout pas aux résultats aléatoires. Elle finit par me suggérer le bar.

N’étant donc pas venu pour jouer, je me contente d’observer. Je sens que les éclairages savamment distillés, les spots de lumières orchestrées en rythme et la musique porteuse de bonheur ne sont qu’un filtre traversé sans hésitation par les joueurs tendus et déterminés. Je découvre des modes opératoires que l’hôtesse n’avait pas envisagés. Il y a ce type au pouce de bûcheron qui presse sur la vitre derrière laquelle défilent des pommes-poires-prunes pour essayer de ralentir leur course et les arrêter sur la combinaison gagnante. A côté de lui, sa compagne avance et recule la tête au rythme de ses vaines pressions, tentant peut-être d’y apporter une force supplémentaire.

A peine plus loin, mais dans un autre monde, une dame d’âge plus que mûr pousse avec un soupir de dépit et de manière plus qu’hésitante ce qui semble être ses dernières économies. La fente absorbe sans état d’âme le ticket, mais cela ne semble pas satisfaire la machine qui décrémente le compteur de crédit à la même vitesse que les chiffres sur une pompe à essence. Elle reste parfaitement immobile devant le zéro inscrit au compteur, attendant peut-être un sursaut retardataire de la mécanique toujours illuminée. Ils clignotent et bougent en permanence d’ailleurs, tous ces rutilants engins, qu’ils gagnent ou perdent, ils n’affichent point d’envolées lyriques et sont d’une humeur égale, toujours à la fête.

Certains clients sortent des cigarettes de leur paquet et se dirigent vers le fond de la salle. J’y découvre des espaces fumeurs, c’est-à-dire des cabines en verre transparent pas plus grandes qu’un ascenseur dans lesquelles s’entassent plusieurs personnes. Elles semblent flotter dans un brouillard de fumée en mouvement qui emporte peut-être leurs derniers espoirs. Mais juste à côté, un distributeur de billets permet de satisfaire les imprévoyants et de tenter les indécis. Voilà même des serveuses qui proposent leurs boissons qui troublent l’esprit et tempèrent le discernement.

Je ne me sens pas vraiment en harmonie dans cette ambiance, un peu trop clinquante et pas assez attirante. Le public qui vient ici espère décrocher le gros lot, alors que les clients des casinos au cinéma sont plutôt là pour passer le temps et paraître en société. Les clients à l’attitude compulsionnelle et aux visages pour certains hagards mle laissent de marbre. Je vais suivre les conseils suggérés par l’hôtesse et aller au bar. Au moins j’en aurai pour mon argent.

 

Crédit textes : © Emmanuel Cockpit

Crédit photos : © MeLY3o

 

Tag(s) : #Société

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