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hosto

 

L’hospitalité est bonne lorsqu’on est bien reçu. A ne pas confondre avec l’hospital, d’où on veut surtout repartir sur ses deux jambes. Je vais vous parler de mes vingt-quatre heures sous haute surveillance parmi les dames en blanc. Après « Guêpes piqueuses et infirmières piquantes », allais-je bien passer ce cap ? Ou alors me retrouverais-je comme dans « Panique à bord » ?

Je suis convoqué à sept heures. Je pénètre dans la zone d’entrée où accueil, cafétéria et services administratifs sont encore fermés. Seuls les halos des économiseurs d’écran venant des bureaux apportent des lueurs incertaines dans ce hall lugubre. J’ai eu deux documents d’entrée pour deux endroits différents, parce que le service dans lequel je dois me rendre a déménagé la veille. Comme ça je suis sûr d’être là où il faut, ou pas. Ca promet !

Arrivé auprès d’une dame accorte et fort pressée, j’apprends que je n’ai pas « d’étiquettes » et qu’il faut que je me rende dans les bureaux qui ouvrent… à huit heures. Bien, bien, je sens que ça ne me plaît déjà pas du tout, mais alors pas du tout. Juste avant de repartir en sens inverse pour solliciter les instances administratives, elle revient vers moi, tout sourire, en m’assurant que tout est en ordre et que tout est réglé. Moi qui pensais pouvoir m’en tirer ce coup-ci en invoquant cette anicroche paperassière, me voilà définitivement engagé dans ce monde ouaté mais hostile quand même. J’ai toutefois évité le code à barre tatoué, mais qui sait, ce sera peut-être pour la prochaine fois ?

Je pénètre dans ma chambre, sur laquelle est marqué « chambre ». Il y a un lit, étiqueté « lit », une salle de bain, dont la porte comporte l’information « salle de bain » et même une télé estampillée « télévision ». Wouaw, je suis super en confiance, là ! J’ouvre prudemment la porte du placard pour y trouver des cintres. La fenêtre se suffit à elle-même, sans explications complémentaires. Je n’ai pas le temps d’apprécier la vue, mais je remarque que l’immeuble d’en face est suffisamment près pour  ravir des voyeurs hospitaliques (le mot n’existe pas, ne cherchez pas).

Fondent alors sur moi divers corps de métiers médicaux. Ça commence par la questionneuse-remplisseuse de formulaires, qui, du haut de son chariot-ordinateur-WiFi sur roulettes, décortique mes antécédents, enregistre la personne de confiance (celle qui dira oui pour me débrancher ?), précise la somme d’argent que j’ai sur moi (pour cibler les vols ?), formalise mes moyens de paiement (ah bon, ce n’est pas la Sécurité Sociale qui règle ?) et identifie la présence d’un téléphone mobile dans mes affaires (je lui parle de mon dernier i-Phone ?). Puis un type arrive en trombe pour me demander si j’ai pris des hormones de croissance et repart aussi vite sans autres questions ni explications complémentaires. Une dernière visite pour les petites infos de base, tension, température, pouls, cœur, modèle de voiture (nan, j’déconne !).

Je suis maintenant tout seul, jouant avec le moteur du lit. Rien que le fait d’avoir enfilé la chemise inboutonable dans le dos et je me sens déjà malade. J’évite donc aussi de ne pas ravir les pervers de l’immeuble d’en face en présentant vers l’extérieur ce qui est réservé à l’intérieur. Je cherche à déterminer statistiquement si j’ai plus de chance d’attraper une maladie nosocomiale, compte-tenu du nombre de séjours annuels de la population à l’hôpital, que d’être impliqué dans un accident de la circulation, avec mes plus de cent kilomètres quotidiens. Je laisse rapidement tomber la tempête générée sous mon crâne.

Après trois heures d’attente, une infirmière qui paraît avoir seize ans arrive avec un cachet à avaler. Ca y est, je sens la machine hospitalière se refermer sur moi et tenter d’annihiler mes derniers restes de conscience. « C’est pour ne pas vomir après », me dit-elle avec un sourire. Moi, c’est surtout maintenant que j’ai envie de gerber partout ! Après tout s’enchaîne rapidement. Un brancardier pénètre dans mon espace respiratoire et happe mes dernières forces. Il ressemble à Popa Chubby, les tatouages en moins mais les mêmes yeux de boucher. En m’allongeant sur le truc, j’ai déjà l’impression d’être à l’article de la mort. Nous partons dans le dédale de couloirs. Je vois les éclairages successifs défiler au-dessus de mes yeux. A chaque luminaire j’ai l’impression qu’une année de ma vie passe à toute vitesse.

Il me parque devant la salle d’opération, en tirant devant moi un rideau violet. Au secours, c’est la couleur des pompes funèbres, du deuil et des funérailles ! J’entends que ça circule beaucoup derrière cette frêle barrière durant mes derniers instants de lucidité. J’écoute les conversations qui varient entre « cet après-midi je vais aller m’acheter des chaussures » et, plus inquiétant, comme « On la fait avant ou après l’hystéroscopie ? » ou « Tu es sûr que c’est une polypectomie qu’il faut faire ? »

Ca y est c’est à moi. On pousse mon chariot les pieds devant. J’avais pourtant appris en cours de secourisme qu’il ne faut jamais faire cela avec un blessé, sinon il croit qu’il est fichu (d’où l’expression « sortir les pieds devant »). Bon, je ne suis pas blessé, ça ira. Enfin je crois… J’évite de détailler les appareillages aux formes de « Transformers » qui semblent prêts à s’agiter pour me bondir dessus. Les dames qui ont changé de couleur (elles en sont vert) me demandent si je suis à jeun (il serait temps) et si je sais pourquoi je suis là. Euh… je leur rétorque que le plus important, c’est quand même que ce soit elles qui le sachent ! Je suis sanglé (il y a des opérés somnambules ?) et l’anesthésiste me dit de compter jusqu’à dix. Un, deux,… pouf, a pu personne !

Je rêve que je suis allongé sur une plage et j’entends le son d’une harpe. Je décolle les paupières pour découvrir l’activité autour de moi. La harpe, c’est la sonnerie du téléphone de la salle de réveil. « Voilà notre Jacques Mayol qui se réveille » clame alors une infirmière. Comme elle n’est plus en vert, je réalise que je suis bien arrivé à l’étape suivante. Mais je ne m’appelle pas Mayol ! Ca y est, ils se sont trompés, il devait être opéré de quoi celui-là ? Une grosse panique prend naissance au fond de mes tripes, appuyée par un « Respirez bien » de la dame en blanc. « Vous n’atteignez pas son record en apnée, mais vous êtes bien placé » complète-t-elle. Je comprends alors…

Je contemple mon environnement. Tout est serein et je me sens alors rassuré. Le personnel circule d’un lit à l’autre avec bienveillance, sans oublier de de désinfecter les mains à chaque fois. Les séries médicales américaines sont bien loin. Je suis revenu Yeah !

 

Crédits textes et photos : © Emmanuel Cockpit


Tag(s) : #Témoignages

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