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Sport de vacances : et si on se moquait des autres ?

Le sport numéro un des Français en vacances serait-il de critiquer les autres ? Oui, c’est possible… Je vais donc me lâcher un peu sur les autres vacanciers, Français ou pas.

Avant tout, une petite précision. Pas pour toi, ami lecteur du 3ème degré et de la 4ème dimension, mais pour les coincés du bulbe, les renâcleurs de l’humour et les moralisateurs de première division. Le texte qui suit se veut uniquement léger et taquin. Inutile donc de chercher vanité ou suffisance dans mes propos, ni d’alerter les vaillants chevaliers des nombreux organismes chargés de hurler dès qu’on quitte l’humour de "La petite maison dans la prairie".

Il y a cette famille française avec deux filles de 8 et 12 ans. "On peut avoir des frites pour les filles ?" Quand les frites sont servies, et que la mère et les filles sont au buffet, le père se jette dessus et en engloutit un bon tiers. Mais quand la mère, en goûteuse totalitaire, décide qu’elles ne sont pas bonnes pour sa progéniture, elle somme le personnel de les renvoyer en cuisine, avec une voix d'institutrice fatiguée de s'adresser à des élèves débiles. Les contestations des gamines et de leur père ne franchiront pas le seuil de leurs bouches.

Ca continue au petit déjeuner : "vous avez des petits suisses ?". Il y a vingt mètres de comptoir pour cent cinquante personnes, des yaourts aux fruits, natures, allégés, à zéro pourcent, avec du sucre blanc, de canne ou à la cannelle, mais pas de petits suisses, non madame. "Je voudrais des petits suisses, mais pas nature, aux fruits, mais pas avec des morceaux" insiste-t-elle auprès du serveur dont le regard désemparé glisse vers une panique proportionnelle à la taille de sa bouche qui s’ouvre sur des abîmes de perplexité. Moi c’est plutôt des envies de gifles que j’aurais à sa place. Cela se termine par de la pâte à tartiner aux noisettes d’une marque bien connue pour-un-petit-déjeuner-bien-équilibré, que la mère autorise à aller puiser dans sa trousse de secours alimentaire personnelle.

Il y a aussi cette mère qui parle à son bébé d’un an avec des éructations de viking à travers tout le restaurant et la terrasse qui doivent même s’entendre sur les bateaux au large. Comme elle est hollandaise, ce n’est pas vraiment dans le domaine du mélodieux. Quoique d’un volume élevé, les envolées italiennes de la table d’à côté sont plus musicales que la rugosité de la langue batave qui me fait penser à une brouette de gravier versée sur de la tôle ondulée. Mais ça aurait pu être pire si la maman avait parlé en suisse alémanique.

On parle beaucoup des défauts des Britanniques, mais il faut leur reconnaître une qualité : ils savent se tenir. Même lorsqu’ils mangent leurs desserts flageolants aux couleurs de carnaval brésilien. Et même en cette période de coupe du monde de football, leur âme de hooligans ne passe pas la barrière de leurs convenances. Ils restent discrets, comme ce couple et ses deux bouteilles de vin. Sans doute pour oublier leur conversation soutenue avec leurs enfants roux scotchés à leurs téléphones.

Et puis il y a les Allemands. Grands consommateurs de bière comme les Britanniques, ils se différencient par la fréquence de renouvellement de leur chope et surtout par leur taille aux noms évocateurs : à partir du « parfait », on ne compte plus qu’en litres. La référence est le "sérieux" (deux litres), mais il chauffe quand même un peu trop vite sur la plage. Pour les français, le « sérieux » correspond à un demi-litre, c’est vous dire le fossé qu’il y a entre notre perception et la leur. Du coup, ils se tiennent un peu moins bien que les Britanniques, surtout quand c’est leur équipe qui joue en demi-finale.

Assis près de ma table, il y a aussi ce monsieur barbu à babouches et sa dame dont je ne vois que les mains et les yeux. Elle est assise presque en face de moi et soulève régulièrement son voile pour aspirer dans les deux pailles qui dépassent de sa boisson aux couleurs chatoyantes et aux parapluies colorés. Comme elle a besoin de ses deux mains pour couper sa viande, les pans de son voile relâchés de chaque coté de son visage se mettent à se soulever avec la brise marine, et du coup je vois tout. Je jette des coups d’oeils prudents vers l’homme qui lui fait face et que je vois de dos, des fois qu’il sortirait de sa djellaba de quoi punir l’impudent voyeur que je suis. J’aperçois également le bas du jean serré rehaussé de perles brillantes et les chaussures pointues à talons dépasser de sous la table.

Et là je suis juste triste. Comme de découvrir un nuage noir sur un paysage, ou un bouquet de fleur dans un placard.

 

Crédit textes et photos : © emmanuel cockpit

 

Tag(s) : #Humeurs

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