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J’habite en pleine campagne dans un village de quelques centaines d’habitants et j’ai la fibre écologique. Un peu comme tout citoyen, puisque (presque) tout le monde souhaite laisser à ses enfants une planète en bonne santé. Il faudrait être stupide pour ne pas être en accord avec les valeurs de l’écologie, non ? Elle se préoccupe de notre santé, protège les animaux, veut des énergies propres,…

Ça, c’est la théorie.

Passons à la pratique : la taxe incitative ordures ménagères. Le concept de base, c’est de traiter le consommateur de pollueur et donc de le faire passer directement à la case payeur. Ça démarre déjà mal, puisque que ce sont les fabricants qui nous font payer leurs choix marketing d'emballages et de fioritures.

Je fais donc du tri pour diminuer mes coûts. Non, en fait, c’est pour éviter de les augmenter. 

Il paraît que la société chargée du traitement des déchets a été la seule à répondre à l’appel d’offre public. Les fournisseurs se partageraient-ils le marché pour être sûrs de pratiquer les prix qu’ils souhaitent ? Non, non, ce n’est qu’une vision-de-consommateur-politiquement-incorrect-qui-ne-veut-pas-se-soumettre-à-la-vision-béate-de-la-mouvance-citoyenne-pour-un-monde-meilleur… ou pas.

Le prestataire retenu vient chercher à mon domicile le sac noir pour les ordures ménagères et le sac jaune pour les papiers, cartons, plastiques et métaux, ainsi que les encombrants, car il n’y a pas de déchetterie. Et je me déplace à des endroits différents (bien sûr) pour emmener les déchets biodégradables, le verre, les déchets verts, les piles, les textiles, les radiographies, les ampoules, les cartouches d’imprimantes,… dans les conteneurs appropriés.

Le sac noir : l’addition, s’il vous plaît

Là c’est sérieux, parce que c’est la base de la taxe qui sert aussi à rémunérer l’enlèvement de tout le reste. Je paye les conteneurs, la levée et le poids des ordures ménagères.

Pour le conteneur, je n’ai pas le choix et son coût de location représente la moitié de la redevance. Si je le refuse, je dois payer quand même la location et deux levées par mois. Génial. Et puis je ne choisis pas le volume, il est fonction de la composition de la famille. Et si je fais des efforts pour trier plus, jeter moins et en avoir un plus petit ? Engagement un an, monsieur !

Pour la levée, je n’ai pas le droit de bourrer la poubelle, sinon je subirai « des augmentations du prix de la levée en cas de constats répétés » Waouh ! Et c’est un huissier qui va venir constater ?

Ah, il y a aussi l’option verrouillage de la poubelle. Oui, des fois que mes voisins viendraient mettre leurs déchets chez moi. C’est comme un antivol. Mais inversé.

 

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Le sac jaune : mode opératoire impératif

Ahhh… le sac jaune. Papiers et cartons, OK. Bouteilles et flacons plastiques, OK. Mais pas les bouteilles d’huile. Emballages métalliques, OK. Mais il faut enlever le bouchon plastique. Ah bon, ce n’est pas du plastique aussi ? Là où ça se complique, c’est sur la qualité du plastique ou du métal. Canette alu ? Oui. Barquette alu ? Non. Gobelet et barquette plastique ? Non. Tube de dentifrice ? Non.

Et puis surtout ne pas nouer le sac, c’est bien expliqué. Pardon, madame, j’avais stupidement pensé que les cordons servaient à cela. Et bien le remplir, qu’ils disent sur la notice. Sauf que 10 revues qui tapissent le fond et c’est un déversement assuré sur les chaussures pour cause de déchirement prématuré.

Le sac vert : il est aussi biodégradable

C'est bien fait : le sac de déchets biodégradables l'est lui-même. A un détail près, un tout petit, mais quand même. Il ne faut pas le laisser trop longtemps dans son joli petit seau approprié, sous peine de voir son contenu se déverser sur ses pieds au moment du lever. Biodégradable on vous dit. Donc 5 jours maxi. De toutes façons, au bout de ce délai, ça empeste tellement qu’il faut s’en débarrasser. Et s’il y a des crevettes, c’est 2 heures maxi.

Le conteneur verre : les étiquettes peuvent restée collées 

Le verre, c’est plus facile à identifier que le plastique. Mais attention, sans bouchon, couvercle, ou opercule métallique. Et il ne faut pas oublier de rincer avant, sous peine de tapisser la moquette du coffre d’un liquide odorant qui tiendrait rapidement de la vinasse, même pour un Haut Brion, quand ce ne serait pas l’huile du pot dans laquelle les carrés de fromage de chèvre étaient si parfumés. Heureusement qu’il ne faut pas mettre l’étiquette en papier avec les papiers... 

Les déchets verts : ou comment se faire payer sa matière première

C’est avec les déchets verts que j’ai tout compris : l'écologie est essentiellement du business. Je me déplace pour emmener mes déchets dans une benne mise à disposition par une société privée qui fabrique du compost et des granulés de bois. Je ne vais pas aller jusqu’à imaginer qu’elle puisse payer pour sa matière première comme toute société industrielle. Mais j’ai fait un bond en découvrant que c’est la commune qui paye pour qu’elle nous débarrasse de ce type de déchets. Bienvenue dans le côté obscur de la force écologique.

Les encombrants : pas pour tout le monde

Comme il n’y a pas de déchetterie, la société mandatée vient chercher tous les trois mois devant mon domicile tout ce qui ne va pas dans les poubelles ou ne passe pas par le tri. Mais je ne vois pas pourquoi je paye. Je sors les déchets la veille du passage et j’observe un ballet incessant de véhicules, dont les conducteurs ont une acuité visuelle à détecter instantanément tout ce qui est potentiellement source de revenus et dont l’administration fiscale n’aura jamais connaissance. Du coup, il ne reste plus grand-chose le lendemain, jour de la collecte. Il y en a même qui m’aident à sortir dans la rue ce qui est lourd afin de l'emporter plus rapidement et éviter que le suivant ne s'approprie le trésor ! Oubliées les entreprises agréées pour des filières de retraitement maîtrisées.

 

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Une vision de consommateur politiquement incorrecte

Pourquoi est-il essentiel de trier les nouvelles ampoules ? Parce qu'il y a du mercure, alors qu'avant  il n'y avait que du verre et du métal. Le lobby des fabricants aura participé à cette pollution car le consommateur du haut de son 12ème étage n'a pas toujours les moyens pour développer ce sens aigu de la citoyenneté, eût-il la fibre écologique sacrément développée. J’imagine mal un habitant d’une grande ville, stockant les conteneurs appropriés dans son 12 m2 !  

Les consommateurs payent l’emballage du produit qu’ils achètent, payent pour se débarrasser de l’emballage et payent pour le traiter. Avec un discernement pragmatique, ils vont commencer par se débarrasser des emballages sur les lieux d’achat, quand ce sera possible. Puis leur discernement disparaîtra avec la taxe incitative en fonction du volume et du poids, parce qu’on touchera à leur porte-monnaie. Les moins irréductibles se débarrasseront de leurs ordures dans les poubelles des parkings. Quand il y aura des caméras, ils les camoufleront dans les bennes à textiles et chaussures pour finir par les jeter dans la nature et les brûler, avec les émanations non contrôlées et le CO2 supplémentaire qui iront avec.

La solution ?

Le problème de fond, c’est quand même la réduction des déchets à la source. Ne me dites pas que je suis le seul à y avoir pensé ! La solution serait donc une politique rigoureuse, voire drastique, de réduction des emballages. Ce serait bien plus simple et infiniment plus efficace que ces usines à gaz et à effet de serre. Comme pour les économies d’énergie, il faut s’intéresser à baisser la consommation avant de s’évertuer à récupérer les fuites, non ?

 

 

Crédit textes et photos : © Emmanuel Cockpit


Tag(s) : #Vie quotidienne

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