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Réforme de l'éducation : boulet des gouvernements ?

Depuis des dizaines d'années, les différents gouvernements et ministres de l'éducation y sont allés de leurs réformes. A chaque ministre la sienne, ou presque. En réalité, les différences sur les résultats ne sont pas flagrantes. L’hétérogénéité des publics scolaires et de leurs origines sociales ne peut pas faire l’objet d’un traitement unifié, l’inégalité entre les établissements reste une réalité et leur qualité de vie a de gros progrès à réaliser. Les refondations sont adaptées par des ministres de droite ou de gauche, et donc des allers-retours qui ne profitent que peu aux élèves. Les variantes sont souvent dans les discours.

Ça part déjà d'un problème de vocabulaire. L'Education Nationale devrait s'appeler l'Enseignement National. Ce sont les parents qui éduquent, les grands parents qui gâtent et les enseignants qui enseignent. Les enseignants se plaignent assez, à juste titre, de devoir remplacer les lacunes des parents. C'est comme pour la Justice : le Ministère de la Justice devrait s'appeler le Ministère de la Loi, parce qu'il applique la Loi, pas la Justice.

Le collège est "unique" depuis la loi Haby en 1975 qui a supprimé les CEG et CES. Et 25 ans après, Jack Lang présentera ses orientations destinées à "bâtir un collège pour tous qui soit en même temps un collège pour chacun". Il voulait lutter contre l'échec scolaire, le manque de motivation des élèves et la difficulté de gérer leur hétérogénéité. Le but était d'orienter les élèves en fin de 3ème vers l’enseignement général, technique ou professionnel en fonction de leurs aptitudes. François Bayrou portait un autre regard en déclarant que "le problème n’est pas que le collège soit unique, mais uniforme donc injuste".

La réalité du terrain est cependant bien différente de celle de certains esprits utopistes qui président aux destinées du futur de nos enfants. L’impact social des diplômes n’a pas changé, même si les avocats ont des revenus inférieurs aux plombiers. A 13 ans, certains adolescents savent déjà ce qu'ils veulent faire, et savent surtout ce qu'ils peuvent faire, notamment dans les métiers manuels, alors que la société a tendance à les forcer à apprendre ce qu'ils ne savent pas faire. Quand un enfant adore la lecture, développe une l'imagination sans limites et se passionne pour l'histoire, pourquoi vouloir lui faire comprendre les espaces euclidiens sous prétexte que les mathématiques permettent d'entrer partout. Et les doigts d'or de certains pour la mécanique ou le jardinage sont vite étouffés par les envolées lyriques des chantres de la culture pour tous. Encore une question de vocabulaire, la notion de culture n'étant pas la même pour le paysagiste. La tyrannie du bac scientifique a vite effacé les velléités d'autres façons de voir l'enseignement. Et les Ecoles Steiner ne sont pas ouvertes à tous.

L'hétérogénéité des élèves constitue le cœur des problèmes de la démocratisation de l'enseignement, où l'on a très rapidement voulu associer l'égalité des droits dans une définition précise de la réussite scolaire. L'enseignement dispensé doit être capable de conjuguer égalité, où tous doivent avoir leur chance, mais surtout diversité, parce que chacun est différent. Dans la mesure où notre pays a établi des filières précises comme les référentiels de la connaissance suprême, l'accès aux postes les plus prestigieux est interdit à tout autre chemin suivi, fût-il celui de la connaissance humaine, du bon sens et de l'expérience. Il n'y a qu'à voir les annonces de directions d'entreprises dans les journaux professionnels : elles n'oublient jamais de rappeler le parcours suivi par l'intéressé, surtout quand c'est X, Mines ou Supelec. Les parents initiés, entre autres les enseignants, trouvent les meilleurs établissements avec les meilleures filières. Et le système faussement démocratique entretient les inégalités où les élites perdurent.

Après que toutes les possibilités du collège unique aient été utilisées (tronc commun, soutien, programmes allégés, ZEP (Zones d’Education Prioritaires), suppression du Certificat d'études - pardon du Certificat d'études primaires élémentaires - il a été envisagé, pour les Ministres des gouvernements de droite (MM Beullac et Monory), de rapprocher l’école et l’entreprise, voire de faire fonctionner l’école sur le modèle de l’entreprise. A gauche, M. Savary lui, interdira de sortir du système éducatif avant 18 ans et appliquera une idéologie égalitaire en supprimant le tri des élèves, croyant y trouver la solution des problèmes. Comme si les enseignants allaient pouvoir gommer d'un coup de baguette éducatrice, pardon enseignante, toutes les différences d’aptitudes issues de facteurs socio-économiques ! Et vu la faiblesse de leurs salaires, on peut comprendre que la motivation des plus engagés relève du sacerdoce.

Un espoir se dessine pourtant, avec la prise en compte de l'intérêt des entreprises pour les formations en alternance, du CAP jusqu'au diplôme d'ingénieur. Si la sélection ne se fait pas à l'entrée des classes, elle se fera de toutes manières sur le terrain de la vie économique. Et l'aptitude au discernement s'apprend aussi bien en dehors des schémas issus d'ordonnances ministérielles.

Crédit textes : © emmanuel cockpit

Crédit photos : © clarita sur morguefile

Tag(s) : #Société

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