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Faire feu de tout bois

La lumière laiteuse du jour se glisse dans mes rêves et je flotte dans un océan de douceur. Des lueurs et des ombres dansent en vagues sous mes paupières. Je suis sous les draps, la tête noyée dans l’oreiller et le corps décalqué sur le matelas. Mes muscles recommencent à exister, je bouge, caressé dans mes mouvements par les draps. En ouvrant les yeux, la réalité prend le dessus et je me rappelle être chez moi. Les objets de mon entourage familiers font naître un sourire bienveillant dans mon esprit.

Je me lève et, pieds nus sur le sol, je reprends contact avec la réalité. Il fait froid dans la maison. Pas un bruit ne traverse les murs épais, construits il y a près de quatre siècles par d’obscurs maçons. Ils n’imaginaient certainement pas que chaque pierre posée allait concourir à affermir cette demeure pour des dizaines de générations. Le conduit de cheminée est d’origine. Les techniques de chauffage ont bien évolué, mais le principe est le même : transformer une matière première en chaleur, parce que l’être humain trouve que la vie est belle entre vingt et vingt-cinq degrés.

J’empile quelques bûches dans l’âtre, selon une savante architecture, en laissant des espaces pour que le comburant et le combustible puissent entraîner la combustion. Par-dessus, du papier froissé, quelques pommes de pin ramassées lors de balades en forêt et quelques morceaux de hêtre bien secs. Le feu démarre par le haut, il y a moins de fumée et cela permet une meilleure combustion des gaz. Avec cette technique, chaque étage de bois supérieur préchauffe et sèche l’étage du dessous. Aucune chance que le tas de bois ne s’effondre et étouffe le feu.

Le moment magique, c’est l’allumage. Je prends une allumette longue comme une paille et la frotte d’un geste décisif. C’est l’ultime instant avant le point de non-retour, celui où la flamme au bout de ma main me rend maître du monde. J’avance mon bras et plonge dans le haut de l’arrangement d’un geste décidé. Le papier résiste, puis se tord, proteste, rechigne, et finit dans un râle juste avant que le crépitement ne prenne le dessus. Les langues de feu grandissent et coulent sur l’édifice.

Je pars chez le boulanger. Pendant le retour, le pain chuinte en se refroidissant et me murmure des métissages de confitures rouges. J’ouvre la porte de la maison ; le feu est intense et apporte son rayonnement bienfaisant dans la pièce. Je ferme les yeux pour mieux savourer les craquements, les crépitements, les grésillements, les grognements et les ronflements.

Je ne résiste pas à l’envie de rajouter une bûche pour faire vociférer le brasier.

 

Crédits textes et photos : © Emmanuel Cockpit

 

 

Tag(s) : #Humeurs

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