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Etude de milieu

Après Sport de vacances : et si on se moquait des autres ? voici quelques réflexions de même nature sur le vacancier plongé dans son milieu naturel, les vacances. C’est une période calme et donc propice à l’observation. Le moment des repas est particulièrement adapté à cette étude.

À la table d’à côté, madame ne quitte pas son écran des yeux et des doigts tandis que monsieur tente de lire ce qu’elle écrit, ou alors, est-ce pour se donner une contenance et faire croire à la galerie qu’elle ne l’a pas abandonné dans les méandres facebookiens ? Voilà un bel exemple qui illustre comment être seul à deux.

De l’autre côté c’est un ado scotché à l’appareil posé sur ses genoux, le regard fuyant, genre « je fais ça discrètement » et insensible aux tentatives d’échange des parents, même limitées aux recommandations matérielles du genre « ça va refroidir ». Dans la pyramide de Maslow, les besoins de base ne sont plus « manger, dormir et s’habiller » mais « où recharger mon smartphone » et « y a-t-il du Wifi ? »

Plus loin, il y a le sosie de Benoît Magimel. Ses trois filles remplissent l’air des froufrous de leurs robes. Trois clones quasi conformes, même robe, mêmes sandalettes, mêmes lunettes. Le Papa est aux petits soins pour sa progéniture, il leur coupe la viande, leur prodigue des conseils sur la tenue de couverts et leur recommande les principes de la mastication à vocation rassasiante. Ça doit être ses devoirs de vacances. Pendant ce temps, sa femme s’occupe à remplir son verre de vin blanc et à le vider, regardant la scène d’un œil vide. C’est très scolaire - ils sont peut-être enseignants - on est dans le pratique et l’efficace, les vêtements de la maman, c’est des trucs pour être habillée, pas pour être jolie.

Il y a aussi deux personnages qui rient à haute voix, oubliant les autres convives et ayant aussi oublié de compter leurs verres d’alcool. Ils se photographient avec la serviette sur la tête, appellent le personnel par leurs prénoms d’un ton impérieux pour leur réclamer la suite des plats. Pour couronner le tout, les deux énergumènes se moquent des tentatives balbutiantes des serveurs qui tentent de communiquer dans la langue de ces deux crétins. Les « P’tin t’es con » agrémentés de « Fais pas chier » couvrent la musique qui ne masque en rien les éclats de leur beuverie abjecte. Leur message est très clair, on se fait toujours mieux comprendre lorsque l’on s’exprime dans sa langue maternelle.

Tout au bout, une vue magique plonge dans la mer à plus de 500 m d’à-pic, mais le départ des bagnards vers Cayenne devait avoir l’air d’une fête de village à côté de la tête de cette ado, obligée d’accompagner ses parents. Chaque fois qu’elle part au buffet, elle serre son iPhone 6 sous son aisselle pour mieux se servir, des fois que les autres lui prendraient tout. Ou alors, y aurait-il une nouvelle application sur l’App Store pour tester l’efficacité de son déodorant ?

Dans un coin, un couple s’apostrophe en se reprochant mutuellement le choix de lieu, de mode de repas et d’éducation laxiste envers leurs enfants qui couinent parce que rien ne leur plait, en se mettant des coups de fourchette et s’envoyant à la figure la nourriture imposée par leurs parents. Tous les deux sont très ressemblants : expressions verbales aux épithètes assassines, sourires harmonieusement cyniques, sourcils froncés en accord avec bouche pincée et regards brûlants du fond des enfers.

Une fois tout ce beau monde parti - pourquoi rester puisqu’il n’y a plus rien à manger - le personnel débarrasse les assiettes encore pleines de ces touristes dédaigneux et irrespectueux en se demandant peut-être si leur maigre salaire suffira pour nourrir leur famille jusqu’à la fin du mois.

 

Crédits textes et photos : © Emmanuel Cockpit

 

Tag(s) : #Humeurs

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