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Le distributeur de préservatifs a failli tout faire capoter

J'ai assisté à une scène truculente devant une pharmacie. Deux audacieux adolescents se dirigeaient d’un pas décidé vers un distributeur de préservatifs. Leurs sourires de connivence et leur corps enlacés manifestaient la nécessité d’obtenir l’objet de leur convoitise. C'était une fin d'après-midi d'octobre, ensoleillée et encore chaude, au moment où le jour n'en finit pas et étire ses ombres comme pour retarder leur disparition. L'atmosphère dissolvait indolence et insouciance, à l’image de cette tendresse naissante entre les tourtereaux aux promesses pleines de fraîcheur.

Ces deux ados complices avaient donc une idée en tête et voulaient la mettre en pratique. Courageux et responsables, leur détermination était sans faille. Pas de démarche hésitante ou de regard coupable, ils se montraient ostensiblement devant l’appareil dont les produits n'avaient qu'un seul objectif. Pas d'autres distributeurs de rasoirs ou de sets de toilette, comme dans certains endroits, qui puissent un instant recadrer mon imagination.

Mais la mécanique ne se laissait pas dominer, malgré les lumières clignotantes de l'appareil pourtant fortement ostentatoires. Quelques gesticulations et plusieurs coups de poing distribués au hasard restèrent sans effet. La carrure de joueur de hockey du jeune homme n’eût pas plus de résultat que la volonté farouche qui l’avait guidée jusque là. La coopération de l’engin restait identique à celle d’un banquier à qui vous demanderiez un prêt pour financer un film sur la vie d’un garde forestier à la pointe de la Sibérie. Le distributeur de préservatifs était coincé, pas comme ses clients.

Leur pièce perdue, les jeunes gens s’engouffrèrent alors dans l’officine pour aller demander des comptes. Ils ressortirent avec la pharmacienne, bien déterminés à concrétiser leurs envies. Le docteur était diplômé en botanique mais pas en mécanique, surtout récalcitrante. Après examen attentif, elle repartit pendant que les amoureux maintenaient leur passion par fusion corporelle et vérification des plombages de l’autre. La mécano-pharmacienne revint avec un ouvre lettre qu’elle plongea sans hésitation dans la fente pour les pièces. Quelques rotations savantes de poignet et plusieurs crispations de mâchoire permirent à la vaillante doctoresse de décoincer les Euros récalcitrants, à la grande joie des adolescents.

Ils avaient peut-être récupéré leur bien, mais pas obtenu leur achat tant convoité. Leurs yeux interrogateurs et confiants eurent raison de l'apothicaire-mécanicienne qui alla leur chercher dans son stock de quoi alimenter leurs amours sincères. Elle leur donna avec un sourire de connivence la condition nécessaire mais pas suffisante pour leur apporter félicité sans crainte. En leur remettant cette faculté à concrétiser leur tendresse, peut-être se dit-elle que tout n'était pas encore perdu dans notre monde de fous.

 

Crédit textes et photos : © emmanuel cockpit

 

Tag(s) : #Vie quotidienne

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